—Partis! et pourquoi? qui gênaient-ils, ces hommes superbes?
—Eh! eh! demandez-le à Méphodiévna; elle trouve peut-être que le moment n’est pas bien choisi, quand la moitié de l’Ukraine est envahie par les bataillons russes, pour recevoir tant de beaux messieurs. Cela distrait trop notre ataman.
—Pour dire le vrai, dit un nouvel interlocuteur, on s’amuse moins au palais depuis huit jours. L’ataman ne retient plus ses hôtes. Il paraît gêné avec eux, et l’on dit que bientôt il n’en restera guère dans le pays.»
Maroussia serra doucement la main de son grand ami. Sa main répondit sans doute à la sienne; le visage de l’enfant rayonna. Il se fit tout à coup un grand silence. On venait d’apercevoir, descendant lentement la rue, le père Mikaïl se dirigeant vers la porte de l’église. Ceux qui étaient assis se levèrent. Ceux qui étaient debout se dressèrent sur la pointe de leurs pieds.
Le père Mikaïl présentait, dans toute sa personne, le type idéal du bon pasteur. Ses paroissiens adoraient leur archirey. C’était à qui serait sur son passage pour recevoir sa bénédiction. On voyait dans toute son attitude que ses bénédictions, sa main seule, ne les donnait pas, et qu’elles partaient du meilleur de son cœur.
Le rapsode s’approcha à son tour, mettant en avant Maroussia:
«Bénissez-nous, mon père, bénissez cette enfant. Nous venons de bien loin pour prier Dieu dans votre église.»
Le bon père jeta un regard bienveillant sur le vieillard et sur l’enfant.
«Mon père, dit le chantre, j’ai compris que le plus grand feu ne peut que s’éteindre au milieu du désert, tandis que le bois humide lui-même pétille et flambe quand il tombe au milieu du foyer; et j’ai fui le désert par le besoin de voir et de retrouver des hommes.»
Le père Mikaïl, en entendant ces mots, tressaillit. Ses yeux limpides et doux se fixèrent sur le vieux pèlerin avec une attention particulière.