Il inclina sa tête en signe d’adhésion aux paroles du vieillard et lui dit:
«Si tu viens de loin, mon frère, si tu as traversé tout le pays, tu as dû voir bien des douleurs et traverser bien des dangers. Les chemins ne sont pas sûrs...
—Celui qui est nu, répondit le rapsode, n’a pas peur qu’on lui vole sa chemise. Celui qui n’a que sa vie à perdre ne tente guère les voleurs, et celui qui n’a pas peur de la mort peut aller partout.»
Le bon pasteur tressaillit de nouveau.
—Nos blés sont-ils sur pied?» demanda-t-il au rapsode.
Le père Mikaïl fit cette question avec lenteur, appuyant sur chacun des mots de sa question, pourtant si simple.
«Nos blés, répondit le chantre, dans quelques contrées sont déjà couchés par terre, et ce ne sont pas toujours les propriétaires qui les ont fauchés. Quant aux autres, et je parle de ceux des meilleures terres et des mieux préparées, vraiment, quoiqu’ils ne soient pas partout tout à fait mûrs encore, je crois qu’il serait sage de ne pas attendre pour en faire la récolte. Qui peut prévoir les orages de demain? Ceux qui sont mûrs sont superbes, mon père!
—Que Dieu t’entende, mon fils! répondit avec calme le vénérable prêtre; je te remercie de la bonne nouvelle que tu m’apportes.
—Notre ataman! notre ataman!» s’écria-t-on alors de tous côtés.
Le père Mikaïl entra dans l’église.