Le noble seigneur gisait par terre, foudroyé.

Tchetchevik se baissa; il retira son poignard de la main crispée du noble seigneur. La lame, agitée par l’imprudent au milieu des éclairs, avait sans doute servi de conducteur à la foudre.

Enlevant alors dans ses robustes bras l’acheteur de poignard qu’il venait de perdre, Tchetchevik, suivi de Méphodiévna et de Maroussia, le porta d’un pas rapide dans les appartements du grand ataman.

Taisons-nous quand c’est Dieu qui frappe...

XIX

L’ANNÉE HEUREUSE.

Pendant plus d’une année, l’Ukraine put croire qu’elle allait être à jamais affranchie. Comme un seul homme, tout le pays s’était levé. Les envahisseurs, surpris d’un mouvement si brusque, si général, si spontané, avaient disparu. Chacun avait repris, reconquis son champ, sa cabane, sa ferme ou sa maison. Bien mieux! Chacun avait pu refaire une fois sa moisson. Pied à pied, de lac en rivière, de steppe en forêt, l’ennemi avait dû reculer. L’ataman de Tchiguirine, après avoir défendu héroïquement et sauvé la ville, après avoir fait des prodiges de valeur, était mort, dit-on, mais mort en héros, mort content, en plein triomphe. Un homme inconnu jusque-là, Tchetchevik, le lion, c’est ainsi que d’une commune voix on l’avait bientôt appelé, combattait à ses côtés dans la mêlée corps à corps où il avait succombé. Le lion intrépide avait arraché le corps de son chef, couvert de nobles blessures, à l’ennemi, et repris à sa place la tête du mouvement dans toute la contrée.