«Ils piquèrent des deux et partirent comme des coups de canon.

«Il était temps; la pauvre femme ne pouvait plus se tenir; elle se laissa choir sur l’herbe au risque de se tuer.»

Maroussia, en ce moment, fit un pas en arrière:

«Entends-tu? dit-elle.

—C’est un coup de feu, lui répondit l’envoyé; c’est le troisième depuis que nous marchons. Mais que cela ne t’inquiète pas, c’est devant nous et assez loin. Dans des temps comme ceux-ci, les fusils partent tout seuls et partout. Ce n’est pas dans notre direction qu’ils se tirent ni dans celle de la maison de ton père.

—Tu es sûr? dit-elle.

—Très-sûr. Si tu entends de nouvelles détonations, n’y prends pas garde. Il faut se faire à ces bruits-là, et reviens à ton histoire.

—La pauvre femme est par terre. Je ne sais pas au juste combien d’heures elle y resta évanouie, dit Maroussia. Quand elle revint à elle, la nuit n’était plus si noire; un coin du ciel était déjà tout rose. Les oiseaux commençaient à se réveiller, et l’herbe, tout humide de rosée, semblait parsemée de perles blanches. Elle trouva encore assez de force pour étancher le sang de ses blessures. Elle mit son fin jupon en morceaux pour s’en faire des bandages. Pourrait-elle marcher? Elle perdait beaucoup de son sang.

«Mais il fallait marcher, elle marcha. Elle marcha péniblement; ses bras et son côté avaient été atteints par les coups de pique. Peu à peu, le mouvement même la ranima.

—J’aime cette vaillante, dit l’envoyé.