—Elle s’aperçut alors qu’elle était sur une grande route frayée; cela ajouta à son courage. Mais, malgré tout, elle n’aurait pas été loin et se sentait faiblir, quand par grand bonheur elle entendit un bruit de roues.
«Une énorme voiture chargée d’une montagne de foin,—écoute-moi bien,—s’avançait lentement, traînée par deux bœufs vigoureux, aux grandes cornes recourbées. A côté de la voiture marchait un vieux homme qui chantait nonchalamment une chanson guerrière.
«Elle hâta le pas et parvint à rattraper la voiture et son guide:
«Sauvez-moi, dit-elle au vieillard. Par pitié! Je n’ai pas la force de gagner à pied le village!»
«Mais en même temps elle entendit au loin les cris des brigands qui revenaient sur leurs pas. Le lever du jour les forçait de rentrer, sans doute. Il n’est pas possible à des gens comme ceux-là de voyager à ciel clair.
«Je suis perdue, dit-elle au vieux. Ces gens qui viennent sont des bandits et mon mari est leur chef.
«Cache-toi dans le foin, lui dit le vieux, et reste tranquille, si tu peux. Alerte!»
—Le brave vieux! dit l’envoyé.
—Bien vite elle fut cachée dans le foin et s’y tint sans remuer. En peu de temps les brigands furent à portée de la voiture qui avançait lourdement.
«—Hé, toi! cria le chef au vieux, qui marchait à côté de ses bœufs en fumant sa pipe, n’as-tu pas rencontré sur ta route une jeune femme qui semblait s’enfuir?