«Maroussia, dit-il après quelques instants de silence, nous ferons bien sûr de mauvaises rencontres; les soldats pourront t’arrêter, t’interroger. Si l’on s’approchait de la voiture, même avec l’intention de la fouiller, tu serais calme, tu n’aurais pas l’air d’une petite perdrix qui voit quelqu’un s’approcher de son nid caché tout près. Tu me comprends, dis?
—Oui, je te comprends. Il faut être.... il faut être.... comme toi. Je serai ainsi.
—Si quelqu’un te demandait où tu vas, tu répondrais que tu mènes cette voiture chargée de foin à la campagne de Knich, lequel l’avait acheté chez ton père. Entends-tu?
—Oui, j’entends.
—Si nous arrivons sains et saufs jusqu’à la demeure de Knich, Knich viendra sur le seuil de sa porte à notre rencontre, bien sûr. Entends-tu?
—Oui!
—Alors tu lui diras: «Quel beau blé vous avez dans vos champs! Je l’ai admiré en passant. Il est encore un peu vert; mais je crois qu’au besoin on pourrait l’utiliser même avant qu’il soit tout à fait mûr.» C’est bien long, petite fille? Mais tu peux tout de même retenir ces paroles, pas vrai?
—Oui, répondit Maroussia. Écoute, je vais les répéter!»
Elle les répéta et n’oublia rien, pas une parole.
«Tu es un petit trésor! dit l’envoyé. Maintenant, dépêchons-nous!»