Il monta sur la voiture, fit un grand trou dans le foin et s’y cacha.

Maroussia se mit à la place qu’aurait prise un voiturier, encouragea les bœufs de sa petite voix, d’abord un peu tremblante, et la lourde voiture s’ébranla en se balançant lentement.

La nuit était très-avancée. On était sur le point d’apercevoir quelques lueurs dorées. La brise fraîchit encore, et les gouttes de rosée brillèrent sur l’herbe sombre d’un éclat plus vif.

VI

UNE RENCONTRE.

Les bœufs ne savent jamais combien on est pressé. La voiture s’avançait trop lentement au gré de Maroussia; leurs pas comptés s’allongeaient bien un peu au milieu des steppes à la voix de leur petite amie, mais ils ne se précipitaient pas. Leur marche était éclairée par le tranquille scintillement des dernières étoiles, l’aube déjà s’annonçait. On sentait le délicieux parfum des fleurs.

Tout était calme; de temps en temps un coup de fusil, un cri, destiné à maintenir les sentinelles en alerte, faisaient ressortir davantage encore ce grand silence. Cela, c’était chose prévue.

Mais chaque petit bruit inattendu faisait tressaillir Maroussia. Combien de fois la légère rafale de la brise fit-elle affluer tout le sang vers son cœur! Ah! ce n’était pas pour elle qu’elle tremblait si facilement. Pour ce qui ne regardait qu’elle, sa petite personne était bien résolue. Sa vigilance était pour l’autre. Tout à coup elle dit: