Les officiers arrêtèrent leurs chevaux. Chacun donna son avis; la fusillade recommença avant qu’on fût d’accord.
«C’est de notre côté! s’écria le jeune officier. Il n’y a pas de doute, c’est de notre côté que l’engagement a commencé. En avant! ce sont les nôtres qui se battent.
—Holà! Ivan! Tu conduiras la voiture jusqu’à la maison de ce Knich et tu arrangeras la chose pour le foin. En avant!»
Maroussia n’avait pas eu le temps de se remettre ni de rassembler ses idées, que le détachement avait disparu dans un nuage de poussière. Ils s’étaient envolés comme des oiseaux sauvages. Cependant le vieux soldat qui avait causé avec elle et lui avait parlé de sa petite fille s’était retourné et lui avait jeté, elle l’avait vu, un regard d’adieu.
Ah! pourquoi, au lieu de rester, celui-là était-il de ceux qui partaient?
Maroussia demeura seule avec cet Ivan, qui avait reçu l’ordre de conduire sa voiture jusqu’à la maison de Knich et d’arranger la chose.
«Eh bien, en route, petite goutte de miel!» lui dit Ivan en allumant sa pipe.
Maroussia regarda Ivan et pensa qu’il avait l’air d’un hérisson.
«En route! en route!» répéta-t-il d’une voix plus sévère.
Maroussia parla à ses bœufs. Devant le départ subit de leur escorte, ils avaient jugé à propos de s’arrêter; devant un tel emportement de sages bœufs n’avaient rien à faire. A la voix de Maroussia ils se hâtèrent d’obéir.