Hélas! il ne nous appartient pas d’expliquer de telles fureurs!
Au delà, pas bien loin de ces scènes abominables, et tout droit devant elle, pareille à une oasis se montrant à travers les orages, fleurissait et embaumait la métairie de Knich. Du haut de son observatoire, Maroussia reconnaissait déjà le feuillage de chaque arbre au milieu du jardin touffu; la couleur de chaque fleur se détachait sur les fonds verts.
La porte cochère était ouverte, et ses jeunes yeux distinguèrent une bande nombreuse de poulets d’un jaune doré qui, sans souci du combat, prenaient leurs ébats dans la grande cour; à plus forte raison apercevait-elle dans cette cour les chariots, les charrues au soc brillant, les instruments de travail, les fourches, les bêches, les râteaux, les pelles attendant les ouvriers, les laboureurs qui d’ordinaire les utilisaient.
Près de la porte se tenait un énorme chien, noir comme du jais, ébouriffé comme un toit de chaume après grande pluie et tempête.
La voiture de Maroussia avait contourné le champ de bataille; de loin le chien de Knich l’avait aperçue. Il était facile de voir à son attitude expectante qu’il se préparait, quelle qu’elle fût, à la recevoir avec tout le sang-froid et toute la vigilance d’une créature qui, dans sa vie, a vu, connu et approfondi bien des choses, qui a pour maxime de se tenir sur le qui-vive et de ne point se laisser aller trop vite au seul témoignage de ses pressentiments.
VII
CHEZ LE VIEUX KNICH.
A peine la voiture s’était-elle arrêtée devant la porte, qu’un garçon de six ou sept ans, fort et solide comme un roc, rose comme l’aurore, ayant toutes les allures d’un aiglon, se montra à Maroussia. Le regard déterminé de ses yeux clairs disait: