«Mais comme son visage éblouit! comme elle a l’air content! Elle ne le serait pas plus, si elle voyait étalées devant elle toutes les friandises de la foire! Je suis certain qu’elle a caché quelque part un tas de pains d’épices! Cependant elle est très-bonne enfant, elle partagera avec moi! On n’est jamais content sans raison; elle a bien sûr quelque fameux morceau dans un coin! ou bien elle sait qu’elle va l’avoir! Elle me dira son secret tout à l’heure, et j’aurai la moitié de ce qu’elle aura et peut-être plus.»

IX

LE RÉVEIL D’IVAN.

Il était presque midi; il n’y avait point d’ombre; si l’on trouvait un petit endroit ombragé par un arbre touffu, les chauds rayons de l’astre du jour savaient passer à travers les feuilles, sous le vieux cerisier de la cour. Une toile d’araignée en or se mouvait à chaque coup de brise qui agitait le feuillage.

Depuis quelque temps, un brûlant rayon avait pénétré à travers la petite fenêtre près de laquelle s’était endormi, après son copieux repas, le soldat Ivan, et tombait d’aplomb sur sa joue. Sa figure était toute rouge sous l’action du soleil. Ivan sentait bien vaguement qu’il était en train de cuire; mais il était si heureux, en somme, qu’il n’avait pas du tout envie de se réveiller. «Si j’ouvre les yeux, se disait-il tout en dormant, si je change de place, c’en est fait de toute cette béatitude, je ne me rendormirai plus!» Un sourire plaintif, errant sur ses lèvres, aidait à lire dans les incertitudes de sa pensée.

Cependant, tout à coup, il fit un bond, comme si on l’avait touché avec un fer chaud. La vérité est que sa joue était en feu. Il y porta la main et l’en retira comme s’il s’était brûlé à son contact.

Il s’éloigna de la fenêtre; ses regards appesantis se portèrent sur l’intérieur de la chambre; machinalement il rajustait son uniforme, et son visage s’efforçait de reprendre l’aspect d’indifférence qui lui était habituel.

Où était-il? Peu à peu la mémoire lui revint. Ses yeux méchants interrogèrent jusqu’aux murs blancs de la cabane. Elle était vide, la cabane! Il était seul; pourquoi? Bah! le vieux Knich s’était probablement éloigné pour mieux laisser reposer son hôte.