—Glorieux! n’est-ce pas? Il y a bien eu une demoiselle de campagne, en France, qui en a chassé tous les ennemis.
—Oh! dit Maroussia, dont les yeux jetèrent des flammes, qu’elle a dû être heureuse!
—Elle a été brûlée, repartit Tarass.
—C’est égal, c’est égal, dit Maroussia, c’est la plus heureuse des femmes.
—Père te racontera son histoire, si tu veux. C’est une dame française qui la lui a dite à la ville. Ici on ne sait pas ces histoires-là. La demoiselle s’appelait Jeanne d’Arc.
—Jeanne d’Arc, dit Maroussia, les yeux pleins de larmes, Jeanne d’Arc! l’heureuse fille!»
Tarass était lancé. Ce qu’une petite fille de France avait fait, un garçon ukrainien ne pouvait manquer de le faire. Il confia à Maroussia la foule de projets qui bouillaient dans sa petite cervelle. Et comme tous ces «glorieux» projets finissaient à souhait, dans son imagination du moins! comme toute chance était de son côté! Tout en se promenant dans le jardin et en cherchant des fraises, il développait ses idées à propos du dernier combat et regrettait beaucoup que le grand ataman eût été trop lent dans ses attaques.
Maroussia l’écoutait en silence, songeant à cette fille dont le nom venait de lui être révélé et qui avait affranchi son pays.
«Cette petite Maroussia a décidément de l’esprit, se disait Tarass. Comme elle m’écoute! Je suis très-content qu’elle n’ait aucune ressemblance avec cette sotte criarde Mimofka, qui veut toujours être la première, qui prétend m’apprendre ceci et cela et autre chose.... Cette Mimofka m’est très-désagréable! Mais Maroussia est une bonne fille.... Et tout à l’heure je vais lui cueillir des fraises....»
En attendant, Tarass, appuyé sur une barrière, ne pouvait, en regardant Maroussia, s’empêcher de dire: