Le vieux Knich se retourna pour essuyer une larme qui lui tombait des yeux.
Cette étreinte de l’homme fort et de la faible enfant lui avait montré que cette frêle petite fille était déjà devenue pour le rude guerrier un être à jamais cher et sacré.
«Si Tarass était un peu plus grand, se disait-il, vaudrait-il pour moi ce que cette petite Maroussia vaut pour l’envoyé?»
«Allons un peu plus loin, dit Knich; nous y serons plus en sûreté encore.»
Ils firent quelques centaines de pas dans le souterrain, qui tantôt devenait étroit comme un étui, tantôt s’élargissait considérablement. Ils passèrent par des alternatives de lumière et d’obscurité. Partout où la lumière pénétrait, on découvrait de petits escaliers aboutissant à des issues bien cachées et permettant aux habitants du souterrain de se tenir au courant de ce qui se passait dans la cour et dans le jardin.
«Nous ne sommes pas riches en fait de temps, dit Knich à celui qu’il appelait Tchetchevik.
—Il s’agit de ne pas être pauvres en expédients, lui répondit celui-ci.
—Alors, choisis,» dit Knich; et il lui montrait une excavation du souterrain dont la vue faisait presque penser au magasin d’étoffes, d’armes et de vêtements, qu’avait découvert la femme du bandit dans le souterrain du château.
Tchetchevik se baissa; du milieu d’un monceau de costumes de toutes sortes, de vêtements étranges, de capuches, d’uniformes usés ou troués,—quelques-uns par les balles,—il tira une grande barbe blanche et une défroque bizarre qui semblait avoir appartenu à quelque vieux musicien ambulant. A côté était un théorbe de forme ancienne et rare en bon état. Il ne manquait rien au déguisement: la perruque, les moustaches, les sourcils mêmes, étaient en parfait rapport avec la barbe.
«Ceci, dit-il gaiement, c’est mon affaire. Cherchons maintenant ce qui peut convenir le mieux à Maroussia.