—Maroussia t’accompagnera?» dit Knich, tout en secouant un vieux manteau.

A cette question, qui semblait mettre en doute qu’elle dût suivre partout l’envoyé jusqu’à ce que le but de son voyage fût rempli, le visage si doux d’ordinaire de Maroussia prit une expression où l’indignation le disputait à la colère.

«Que dirait mon père, que dirait ma mère et que dirait-il, lui (elle montrait Tchetchevik), si je ne faisais que la moitié de mon devoir?

—Mais sais-tu, fillette, où il va? reprit Knich, sais-tu qu’il va où l’on peut mourir, et qu’il n’est pas probable qu’on puisse en revenir sain et sauf?

—N’est-ce pas pour cela même que je serais lâche de le quitter? répondit l’enfant rouge de honte.

—Ah! la brave fille! s’écria Knich; tiens, il faut que je t’embrasse; fasse Dieu que mon Tarass te ressemble!

—Si Tarass avait mon âge, dit Maroussia, il ferait ce que je fais. Ne s’occupe-t-il pas, à chaque instant, le petit, d’exterminer à lui seul tous les ennemis de l’Ukraine?

—C’est vrai, c’est, ma foi! vrai, dit Knich; il ne pense déjà qu’à ça.»

L’envoyé cherchait, cherchait dans les costumes,—il s’agissait de déguiser Maroussia;—rien ne lui convenait, il rejetait tout.

«Ils lui vont si bien, ses jolis habits! quel dommage qu’on ne puisse les lui laisser! Ceci est affreux, disait-il, et ceci plus affreux encore.»