Catherine appela un vieux valet et lui ordonna d'habiller l'enfant, pendant qu'elle irait s'informer de la santé de sa mère et ne demeurerait que peu d'instants absente. En la voyant se disposer à sortir de la chambre, l'enfant la suivit d'un oeil fixe et plein de larmes.

—Oh! revenez, je vous en conjure! lui dit-il avec tendresse, revenez bientôt! Si vous ne revenez pas, je me sentirai mourir!

La jeune fille le quitta, toute émue, ayant peine à retenir ses larmes et ne comprenant pas la cause d'une si singulière émotion. Lorsqu'elle entra dans la chambre de sa mère, Jules de Guersens y était encore; il rougit en la voyant paraître et se leva d'un air timide et embarrassé, qu'elle ne se souvenait pas d'avoir remarqué chez lui en toute autre occasion. Elle en fut troublée et inquiète, en attribuant cet embarras à un entretien que son arrivée avait interrompu.

—Je ne viens qu'un moment auprès de vous, bonne mère, lui dit-elle. Je constate avec plaisir que notre ami vous tient compagnie et vous empêche de vous apercevoir de ma longue absence.

—Elle a duré, en effet, bien longtemps, reprit madame Neveu: deux heures au moins, et je dois maudire la poésie qui me prive ainsi de ta présence, surtout dans un moment où il était grandement question de toi…

—De moi? répliqua Catherine, qui tourna les yeux vers Jules de
Guersens, pour avoir l'explication de ce reproche.

—Ne devines-tu pas? lui dit sa mère. Jules de Guersens, que nous estimons, que nous aimons, comme si c'était un vieil ami, voulait me rendre le fils que j'ai perdu, en devenant mon gendre, et me demandait ta main?

—Monsieur, je ne saurais être que très sensible à une telle marque de bienveillance et d'affection, dit Catherine en baissant les yeux. Vous pouviez déjà compter sur mon amitié; j'y joindrai maintenant une bien douce reconnaissance. Mais, je pensais vous l'avoir déjà déclaré avec franchise, le mariage n'est pas fait pour moi!

—Et cependant, Mademoiselle, répondit Jules de Guersens avec tristesse, nulle mieux que vous n'est faite pour le bonheur d'un mari! Vous ne m'accuserez point de m'être trop pressé de parler et d'avoir révélé un secret que vous deviez être la première à connaître. C'est votre mère elle-même qui m'a forcé de le trahir…

—Contentez-vous d'être mon ami, mon meilleur ami, reprit-elle en lui tendant la main et en serrant la sienne qu'elle sentait tremblante et glacée. Je vous jure, devant ma mère, que je ne me marierai jamais.