—Quel aveuglement! Mieux vaudrait nier tout, que de vouloir expliquer les faits les plus extraordinaires, avec ton système d'incrédulité absolue. Va, j'ai de bons yeux et j'ai bien vu….

—Qu'as-tu donc vu? interrompit mademoiselle de La Garde, occupée à examiner les blessures de Cybèle, déjà presque cicatrisées sous les bandelettes de toile grossière qui les enveloppaient.

—J'ai vu cette tête, que tu as vue aussi, j'ai vu ses yeux semblables à des charbons ardents, sa bouche qui exhalait une fumée lumineuse, ses cheveux…. Oh! quels cheveux! n'étaient-ce pas des serpents?

—Bon! des serpents! Tu te souviens des Furies de marbre, qui sont dans le parc de Saint-Germain et qui ont, en effet, une coiffure de cette espèce. Mais nous retrouverons bien, j'en suis sure, la tête et l'individu qui la porte.

—Tout a disparu, Dieu merci! et nous sommes délivrées de cette vision de l'enfer!

—Il la faut chercher, cette tête affreuse, pour l'observer de plus près et lui demander ce qu'elle désire de nous, des prières ou des exorcismes.

—Quoi! tu veux aller sur les traces du mauvais esprit? Tu n'iras pas,
Antoinette, tu ne me laisseras pas seule!

—Non, car tu m'accompagneras, en portant la lumière, d'autant que je compte peu sur l'haleine lumineuse et les yeux flamboyants de cette fameuse tête, pour nous éclairer en chemin.

—Vraiment, je ne sortirai pas d'ici avant le grand jour, et la nuit prochaine, je coucherai plutôt dans le parc, en plein air, malgré le froid et la neige.

—Un lit de gazon ne serait guère agréable par la froidure qu'il fait. Mais n'aie donc pas peur, ma petite Feuille-morte. Tu vois bien que les apparitions ne font pas de mal, et maintenant nous avons, pour nous défendre, ou du moins pour appeler à notre aide, cette brave Cybèle qui ne craint pas les revenants et qui aboierait de la belle manière s'ils venaient à se montrer.