"Un autre qui avoit perdu son argent au jeu; apres qu'il eut blaspheme le nom de Dieu et de la Vierge Marie, fut visiblement emporte par le diable, auquel il s'estoit voue."
Chassanion[1] rapporte que "Jean Francois Picus, comte de la Mirande, tesmoigne avoir parle a plusieurs lesquels s'estant abusez apres la veine esperance des choses a venir, furent par apres tellement tourmentez du diable avec lequel ils avoyent fait certain accord, qu'ils s'estimeroyent bien heureux d'avoir la vie sauve. Dit d'avantage que de son temps il y eut un certain magicien, lequel promettoit a un trop curieux et peu sage prince de lui representer comme en un theatre du siege de Troyes, et lui faire voir Achilles et Hector en la maniere qu'ils combattoyent. Mais il ne peut l'executer se trouvant empesche par un autre spectacle plus hideux de sa propre personne. Car il fut emporte en corps et en ame par un diable sans que depuis il soit comparu."
[Note 1: En son Histoire des jugemens de Dieu, liv. I, ch. II, cite par Goulart, Thresor des histoires admirables, t. II, p. 718.]
Le Loyer[1] raconte encore cette histoire d'un diable noyant un anabaptiste:
[Note 1: Discours et histoires des spectres, etc., p. 332.]
"En Pologne, dit-il, un chef et prince d'anabaptistes invita aucuns de sa secte a son baptesme les assurant qu'ils y verroient merveilles et que le saint esprit descendrait visiblement sur luy. Les invitez se trouvent au baptesme, mais comme cet anabaptiste qui devait etre baptise mettait le pied dans la cuve pleine d'eau, incontinent, non le saint esprit, qui n'assiste point les heretiques, ains l'esprit de septentrion qui est le diable, apparoist visiblement devant tous, prend l'anabaptiste par les cheveux, l'eleve en l'air et tant et tant de fois luy froisse la teste et le plonge en l'eau qu'il le laissa mort et suffoque dans la cuve."
"Nous lisons aussi que le baillif de Mascon, magicien, fut emporte, dit J. des Caurres[1], par les diables a l'heure du disner, il fut mene par trois tours a l'entour de la ville de Mascon, en la presence de plusieurs ou il cria par trois fois: Aydez-moy, citoyens, aidez-moy. Dont toute la ville demeura estonnee, et luy perpetuel compagnon des diables, ainsi que Hugo de Cluny le monstre a plein."
[Note 1: Oeuvres morales et diversifiees et histoires, p. 392.]
"Un homme de guerre voyageant par le marquisat de Brandebourg, a ce que rapporte Simon Goulart[1], d'apres J. Wier[2], se sentant malade et arreste a une hostellerie, bailla son argent a garder a son hostesse. Quelques jours apres estant gueri il le redemanda a ceste femme, laquelle avoit deja delibere avec son mari de le retenir, par quoy elle lui nia le depost, et l'accusa comme s'il lui eust fait injure: le passant au contraire, se courroucoit fort, accusant de desloyaute et larcin cette siene hostesse. Ce que l'hoste ayant entendu, maintint sa femme, et jetta l'autre hors de sa maison, lequel cholere de tel affront tire son espee et en donne de la pointe contre la porte. L'hoste commence a crier au voleur, se complaignant qu'il vouloit forcer sa maison. Ce qui fut cause que le soldat fut pris, mene en prison, et son proces fait par le magistrat, prest a le condamner a mort. Le jour venu que la sentence devoit estre prononcee et executee le diable entra en la prison, et annonca au prisonnier qu'il estoit condamne a mourir; toutefois que s'il vouloit se donner a lui, il lui promettoit de le garantir de tout mal. Le prisonnier fit response qu'il aimoit mieux mourir innocent que d'estre delivre par tel moyen. Derechef le diable lui ayant represente le danger ou il estoit, et se voyant rebute, fit neantmoins promesse de l'aider pour rien et faire tant qu'il le vengeroit de ses ennemis. Il lui conseilla donc lorsqu'il seroit appele en jugement de maintenir qu'il etoit innocent et de prier le juge de lui bailler pour advocat celui qu'il verroit la present avec un bonnet bleu: c'est assavoir lui qui plaideroit la cause. Le prisonnier accepte l'offre et le lendemain, amene au parquet de justice, oyant l'accusation de ses parties et l'advis du juge, requiert (selon la coustume de ces lieux la), d'avoir un advocat qui remonstrast son droit: ce qui lui fut accorde. Ce fin Docteur es loix commence a plaider et a maintenir subtilement sa partie, alleguant qu'elle estoit faussement accusee, par consequent mal jugee; que l'hoste lui detenoit son argent et l'avoit force; mesmes il raconta comme tout l'affaire estoit passe, et declaira le lieu ou l'argent avoit este serre. L'hoste au contraire se defendoit, et nioit tant plus impudemment, se donnant au diable, et priant qu'il l'emportast, s'il estoit ainsi qu'il l'eust pris. Alors ce Docteur au bonnet bleu, laissant les plaids, empoigne l'hoste, l'emporte dehors du parquet, et l'esleve si haut en l'air que depuis on ne peut scavoir qu'il estoit devenu." Paul Eitzen[3] dit que ceci avint l'an 1541 et que ce soldat revenoit de Hongrie.
[Note 1: Thresor d'histoires admirables, tome I, p. 285.]