"Ce que j'ay par tesmoignage de moy-mesme, et dont je suis bien asseure, je l'adjouste, continue le meme auteur. Estant malade a Rome, et couche dedans le lict, ou j'estois bien eveille, m'apparut un fantosme de belle femme, laquelle je regardai longuement tout pensif et sans dire mot, discourant en moy-mesme si je resvois, ou si j'estois vrayement esveille. Et conoissant que tous mes sens estoyent en leur pleine vigueur, et que ce fantosme se tenoit toujours devant moy, je lui demande qui elle estoit. Elle se sousriant repetoit les mesmes mots, comme par mocquerie, et m'ayant contemple longuement s'en alla."

Torquemada[1] nous apprend encore que "Antoine de la Cueva, chevalier espagnol, pour raisons a nous incongnues, et par la permission de Dieu, fut tente et travaille en la vie de fantosmes et visions, de maniere que pour la continuation il en avoit finalement perdu la crainte, combien qu'il ne laissast pas d'avoir tousiours de la lumiere en la chambre ou il couchoit. Une nuict, estant en la couche, et lisant en un livre, il sentit du bruit dessous la couche, comme s'il y eust quelque personne: et ne sachant que ce pouvoist estre, vid sortir d'un coste du lict un bras nud, qui sembloit estre de quelque more, lequel empoignant la chandelle la jetta a bas, avec le chandelier et l'esteignit. Alors le chevalier sentit ce more monter et se mettre avec lui en la couche. Comme ils se fusrent empoignez et embrassez ils commencerent a lutter de toute leur force, menans tel bruit que ceux de la maison se resveillerent, et venans voir que c'estoit ne trouverent autre que le chevalier, lequel estoit tout en eau, comme s'il fust sorti d'un bain et tout enflamme. Il leur conta son avanture, et que ce more les sentant venir s'estoit desfait de lui, et ne scavoit qu'il estoit devenu."

[Note 1: En la 3e journee de son Hexameron, cite par Goulart, Thresor des histoires admirables, t. I, p. 547.]

Au recit de Goulart[1], "Le sieur de Voyennes, gentil-homme picard, en ses devis ordinaires, limitoit ses jours au signe de Taurus. Un jour estant a table en bonne compagnie, avis lui fut qu'il voyoit acourant a lui un taureau furieux. Lors tout esperdu il commenca a s'escrier: Ha, messieurs, ce meschant animal me perce de ses cornes. Disant telles paroles, il cheut mort au bas de sa chaise."

[Note 1: Goulart, Thresor des histoires admirables, t. III, p. 329.]

Cardan[1], cite par Goulart[2], raconte que "Jacques Donat, riche gentil-homme venitien, estant couche avec sa femme, et ayant un cierge allume en sa chambre, deux nourrices dormantes en une couchette basse pres d'un petit enfant, vid qu'on ouvroit tout bellement l'huis de sa chambre, et un homme inconnu mettant la teste a la porte. Donat se leve, empoigne son espee, fait allumer deux grands cierges, et, accompagne des nourrices, entre en sa salle et trouve tout clos. Il se retire en sa chambre fort esbahi. Le lendemain, ce petit enfant aage d'un an non encore accompli et qui se portoit bien meurt."

[Note 1: Au XVIe livre de la Diversite des choses, ch. XCIII.]

[Note 2: Thresor d'histoires admirables, t. I, p. 531.]

D'apres Bartelemi de Bologne[1], "Antoine Urceus, la nuict derniere de sa vie, estant couche, pensa voir un fort grand homme, lequel avoit la teste rase, la barbe pendante jusqu'en terre, les yeux estincellans, deux flambeaux es mains, se herissant depuis les pieds jusques a la teste, auquel Antoine demanda: Qui es-tu, qui seul en equipage de furie, te promenes ainsi hors heures, et quand chacun repose? Di moy, que cherches-tu? En disant cela, Antoine se jette en bas du lict pour se sauver arriere de ce visiteur, et mourut miserablement le lendemain."

[Note 1: En la Vie d'Urceus, citee par Goulart, Thresor d'histoires admirables, t. I, p. 530.]