Gilbert Cousin[1] raconte que "L'an 1536, un marchant sicilien allant de Catane a Messine, logea le vingt-unieme jour de mars a Torminio, dit des anciens Taurominium. Remontant a cheval le lendemain matin, n'estant encore gueres esloigne de la ville, il rencontre dix massons, ce lui sembloit, tous chargez d'outils de leur mestier. Enquis de lui ou ils alloyent, respondirent: Au Montgibel. Tost apres, il en retrouva dix autres qui font mesme response que les precedens: et adjoustent que leur maistre les envoyoit a cause de quelque bastiment au Montgibel. Quel maistre? replique le marchant. Vous le verrez bien tost fit l'un d'entre eux. Incontinent apres lui vint a la rencontre en ce mesme chemin un geant, avec une fort longue barbe noire, comme le plumage d'un corbeau, lequel, sans autre preface ni salutation, s'enquiert du marchant s'il avoit point rencontre ses ouvriers en ce chemin. J'ay, dit l'autre, veu quelques massons pretendant aller bastir au Montgibel, mais je ne scay par le commandement de qui: si vous estes l'entrepreneur de tel bastiment, je desire entendre comment vous pensez faire en une montagne tellement couverte de neige, que le plus habile pieton du monde seroit bien empesche d'en sortir. Ce maistre bastisseur commence a respondre qu'il avoit la science et les moyens pour en venir a bout, voire pour faire plus grandes choses quand bon lui sembleroit; que le marchant qui ne faisoit gueres d'estat des paroles en croiroit bien tost ses propres yeux: quoi disant, il disparut en l'air. Le marchant esperdu de telle vision commence a paslir et chanceller, et peu s'en fallut qu'il n'esvanouyt sur la place. Il tourne bride demi mort vers la ville, ou ayant raconte a gens dignes de foy ce qu'il avoit veu, donne ordre a ses afaires et pense a sa conscience, il rend l'ame le soir de ce mesme jour. Au commencement de la nuict du jour suivant, qui estoit le vingt-troisiesme jour de mars, un horrible tremblement de terre se fit, et du faiste de ce Montgibel, du coste d'Orient, sortit avec bruit merveilleux une extraordinaire abondance de feu qui s'eslancoit fort impetueusement de ce mesme cote: dont les habitans de Catane estans bien estonnez, s'amasserent crians: Misericorde! et continuans en supplications et prieres jusques a ce que le feu vint a diminuer et s'esteindre."
[Note 1: Au VIIIe livre de ses Recueils et recits, cite par
Goulart, Thresor d'histoires admirables, t. I, p. 532.]
D'apres les Curiositez inouyes de Gaffarel[1], "Cardan asseure que dans la ville de Parme il y a une noble famille de laquelle, quand quelqu'un doit mourir, on void toujours en la sale de la maison une vieille femme incogneue assise sous la cheminee, mais si assurement qu'elle ne manque jamais."
[Note 1: Page 59.]
IV.—VAMPIRES
"Les revenans de Hongrie, ou les Vampires, sont, d'apres dom Calmet[1], des hommes morts depuis un temps considerable, quelquefois plus, quelquefois moins long, qui sortent de leurs tombeaux et viennent inquieter les vivans, leur sucent le sang, leur apparoissent, font le tintamare a leurs portes, et dans leurs maisons et enfin leur causent souvent la mort. On leur donne le nom de Vampires ou d'Oupires, qui signifie, dit-on, en esclavon une sangsue. On ne se delivre de leurs infestations qu'en les deterrant, en leur coupant la tete, en les empalant, en les brulant, en leur percant le coeur."
[Note 1: Traite sur les apparitions des esprits, tome II, p. 2.]
"J'ai appris, dit dom Calmet[1], de feu monsieur de Vassimont, conseiller de la chambre des comtes de Bar, qu'ayant ete envoye en Moravie par feu Son Altesse royale Leopold premier, duc de Lorraine, pour les affaires de monseigneur le prince Charles, son frere, eveque d'Olmutz et d'Osnabruck, il fut informe par le bruit public qu'il etoit assez ordinaire dans ce pays-la de voir des hommes decedes quelque tems auparavant se presenter dans les compagnies et se mettre a table avec les personnes de leur connoissance sans rien dire; mais que faisant un signe de tete a quelqu'un des assistans, il mourroit infailliblement quelques jours apres. Ce fait lui fut confirme par plusieurs personnes, et entre autres par un ancien cure, qui disoit en avoir vu plus d'un exemple."
[Note 1: Meme ouvrage, t. II, p. 31.]
Charles-Ferdinand de Schertz raconte[1] "Qu'en un certain village, une femme etant venue a mourir munie de tous ses sacremens, fut enterree dans le cimetiere a la maniere ordinaire. Quatre jours apres son deces, les habitans du village ouirent un grand bruit et un tumulte extraordinaire, et virent un spectre qui paroissoit tantot sous la forme d'un chien, tantot sous celle d'un homme, non a une personne, mais a plusieurs, et leur causoit de grandes douleurs, leur serrant la gorge, et leur comprimant l'estomac jusqu'a les suffoquer: il leur brisoit presque tout le corps, et les reduisoit a une faiblesse extreme, en sorte qu'on les voyoit pales, maigres et extenues. Le spectre attaquoit meme les animaux, et l'on a trouve des vaches abbatues et demi-mortes; quelquefois il les attachoit l'une a l'autre par la queue. Ces animaux par leurs mugissements marquoient assez la douleur qu'ils ressentoient. On voyoit les chevaux comme accables de fatigue, tout en sueur; principalement sur le dos, echauffes, hors d'haleine, charges d'ecume comme apres une longue et penible course. Ces calamites durerent plusieurs mois."