"Plusieurs choses furent prinses et remarquees a Sainct-Denis pour mauvais augure. Le roi et la roine dirent que leur sommet avoit este rompu par une orfraye, oiseau nocturne et funebre, qui avoit crouasse toute la nuict sur la fenestre de leur chambre. La pierre qui sert a l'ouverture de la cave ou sont enterrez les rois, se trouva ouverte. La curiosite, qui s'amuse a toutes choses, prit a mauvais signe que le cierge de la roine s'esteignit de soi-mesme; et que si elle n'eust porte sa main a sa couronne, elle fust tombee deux fois. Le mesme jour du jeudi 13, ce mesme prince considerant les theatres si bien peuplez et en si bon ordre, dit que cela le faisoit souvenir du jour du jugement et que l'on seroit bien estonne si le juge se presentoit."
"L'empereur Maximilien Ier et Philippe Ier, son fils, roy d'Espagne, dit Hedion en sa Chronique[1], estans en leur cabinet au palais de Brusselles, pour resoudre de quelque afaire d'importance, un vent se leve lequel arrache et jette hors de la paroy entre les deux princes une assez grosse pierre, laquelle Philippe leve de terre: et comme il continuoit de parler a son pere, un tourbillon survint qui lui fit tomber ceste pierre des mains, laquelle se brisa sur le planche. C'est un presage, dit alors Philippe a Maximilien, que vous serez bien-tost pere de mes enfans. Peu de semaines apres, Philippe, jeune prince, mourut, laissant ses pupilles a l'empereur Maximilien son pere."
[Note 1: Cite par Goulart, Thresor des histoires admirables, t.
II, p. 915.]
Selon Paul Jove[1], "Le pape Adrian VI s'acheminant d'Espagne a Rome pour son premier exploit voulut voir a Saragousse les os et reliques d'un sainct: ce qui fit dire a plusieurs qu'Adrian mourroit bien tost. Il avint alors aussi qu'une riche lampe de cristal, en l'eglise de ce sainct, se brisa soudainement, dont toute l'huile fut versee sur Adrian et sur quelques prestres autour de lui, dont leurs habillemens furent gastez. Arrive a Rome, le palais ou il demeuroit fut embrase et consomme en un instant. Il canoniza Benno, evesque aleman, et Antonin, archevesque de Florence: mais il les suivit bientost et mourut apres icelles canonizations, que l'on tient pour presages de mort prochaine aux papes qui les font."
[Note 1: En sa Vie d'Adrian VI, cite par Goulart, Thresor des histoires admirables, t. II, p. 945.]
D'apres Sabellic[1], Philebert de Chalon, prince d'Aurange, ayant assiege Florence, entendit que secours venoit aux Florentins. Sur ce il resoud d'aller au devant: et comme il vouloit monter a cheval, fait assembler autour de lui les capitaines, et commande qu'on apporte des flaccons et des tasses, les faisant emplir de vin, afin que tous beussent par ensemble. Comme les uns et les autres estoient prests a boyre, voici une pluye impetueuse et soudaine, le ciel estant fort serein auparavant, laquelle arrouse abondamment le prince et ses capitaines, qui beuvoyent en pleine campagne. Incontinent chacun dit son avis de ceste avanture. Le prince rioit a gorge desployee: A ce que je voy, dit-il, compagnons, nous ne parlerons que bien trempez a nos ennemis, puisque Dieu a voulu si benignement verser de l'eau en nostre vin. Ce furent ses derniers propos: car tost apres ayant charge et rompu ce secours il fut au combat transperce d'un boulet, dont il mourut."
[Note 1: Supplement au XIIIe livre, cite par Goulart, Thresor des histoires admirables, t. II, p. 943.]
Joach. Camerarius[1] et Abr. Bucolcer[2], racontent ce qui suit selon Goulart[3]: "Guillaume Nesenus, personnage excellent en scavoir et crainte de Dieu, s'estant jette dedans une barque de pescheur en temps d'este, pour traverser l'Elbe, riviere qui passe a Witeberg en Saxe, comme c'estoit sa coustume de s'esbatre quelques fois a passer ainsi ceste riviere, et conduire lui-mesme sa barque, alla heurter alors contre un tronc d'arbre cache dedans l'eau, qui renversa la barque, et Nesenus au fond dont il ne peut eschapper, ains fut noye. Cela avint sur le soir. Le mesme jour, un peu apres disne, comme Camerarius sommeilloit, avis lui fut qu'il entroit une barque de pescheur et qu'il tomboit en l'eau. Sur ce arriva vers lui, Philippe Melanchthon son familier ami, auquel il fit en riant le conte de ce sien songe, tenant sa vision pour chose vaine… Melanchthon et Camerarius devisans ensemble de ce songe et triste accident, se ramentierent l'un a l'autre ce qui leur estoit advenu et a Nesenus peu de jours auparavant. Ils faisoyent eux trois quelque voyage en Hesse, et ayans couche en une petite ville nommee Trese, le matin passerent un ruisseau proche de la, pour y abreuver leurs chevaux. Comme ils estoyent en l'eau, Nesenus decouvre en un costeau proche de la trois corbeaux croquetans, battans des aisles et sautelans. Sur ce il demande a Melanchthon que lui sembloit de cela? Melanchthon respondit promptement: Cela signifie que l'un de nous trois mourra bien tost. Camerarius confesse que ceste response le poignit jusques au coeur, et le troubla grandement; mais Nesenus ne fit qu'en secouer la teste, et poursuivit son chemin alaigrement. Camerarius adjouste qu'il fut en termes de demander a Melanchthon la raison de cette sienne conjecture; et que tost apres Melanchthon lui dit que, se sentant foible et valetudinaire, il ne pouvoit estimer que sa vie deut estre gueres plus longue. Et je ne ramentoy point ces choses, dit-il, comme si j'attribuois quelque efficace au vol et mouvement des oiseaux, ni ne fay point de science des conjectures qu'on voudroit bastir la dessus: comme aussi je scay que Melanchthon ne s'en est jamais soucie. Mais j'ai bien voulu faire ce recit pour monstrer que parfois on void avenir des choses merveilleuses dont il ne faut pas se mocquer, et qui apres l'evenement suggerent diverses pensees a ceux qui les voyent ou en entendent parler."
[Note 1: Vie de Ph. Melanchthon.]
[Note 2: Indices chronologiques, an 1524.]