"Souvent Dieu nous fait savoir, dit Gaffarel[1], ce qui doit arriver par quelque signe interieur, soit en veillant, soit en dormant. Ainsi Camerarius pretend qu'il y a des personnes qui sentent la mort de leurs parents, soit devant ou apres qu'ils sont trespassez par une inquietude estrange et non accoustumee, fussent-ils a mille lieues loin d'eux. Feue ma mere Lucrece de Bermond avoit un signe presque semblable: car il ne mouroit aucun de nos parents qu'elle ne songeast en dormant peu de temps auparavant, ou des cheveux, ou des oeufs, ou des dents melees de terre, et cela estoit infaillible et moy mesme lorsqu'elle disoit qu'elle avoit songe telles choses, j'en observois apres l'evenement."

[Note 1: Curiositez inouyes.]

D'apres Taillepied[1], "On a observe es maisons de ville que, quand quelque conseiller devoit mourir, on entendoit du bruit en la place ou il s'asseoit au conseil: comme le mesme advient aux bancs des eglises, ou en autres lieux ou on aura frequente et travaille. Quand quelque moyne ou serviteur de couvent sera malade, on verra de nuit faire une biere en la meme sorte qu'on la feroit par apres. On oit bien souvent es cimetieres de village faire une fosse avec grands soupirs et gemissemens quand quelqu'un doit mourir, et comme elle sera faite le jour suivant. Quelquefois aussi pendant que la lune luisoit on a veu des gens aller en procession apres les funerailles d'un mort. Aucuns disent que quand on voit l'esprit de quelqu'un, et il ne meurt incontinent apres, c'est signe qu'il vivra longtemps, mais il ne se faut pas amuser a telles speculations, ains plustost chascun doit s'apprester comme s'il falloit mourir des demain afin de n'estre abuse."

[Note 1: Traite de l'apparition des esprits, in-12, p. 137.]

Suivant Th. Zuinger[1] "Henry II, roi de France, ayant este deconseille et prie nommement par la reine sa femme de ne point courir la lance le jour qu'il fut blesse a mort, ayant eu la nuict precedente vision expresse et presage du coup, ne voulut pourtant desister, mesme il contraignit le comte, de Montgomerry de venir a la jouste. Comme ils s'apprestoyent a rompre la derniere lance, un jeune garcon qui regardoit d'une fenestre ce passe temps, commence a crier tout haut regardant et monstrant le comte de Montgomerry: Helas! cest homme s'en va tuer le roy."

[Note 1: Theatre de la vie humaine, Ve vol., liv. IV.]

"Suivant Buchanan[1], "Jaques Londin, Escossois, d'honneste maison, ayant este longtemps travaille d'une fievre, le jour devant que Jaques V, roy d'Escosse fut tue, se haussant un peu dedans son lict environ midi, et comme tout estonne, commence a dire tout haut a ceux qui estoyent autour de lui: Sus, sus, secourez le roy: les parricides l'environnent pour le tuer. Un peu apres il se met a pleurer et crier piteusement: Il n'est plus temps de lui aider, le pauvre prince est mort. Incontinent apres, ce malade expira."

[Note 1: Histoire d'Escosse, liv. XVII. cite par Goulart, Thresor des histoires admirables, t. II, p. 944.]

"Un autre presage du meurtre de ce prince fut comme conjoint avec le meurtre mesme. Trois domestiques du comte d'Atholie, gentils-hommes bien conus et vertueux, logez non gueres loin de la maison du roy, endormis environ la minuict, il sembla a l'un d'eux couche contre la paroy, nomme Dugal Stuart, que certain personnage s'aprochoit de lui, qui passant la main doucement par dessus la joue et la barbe de Stuart lui disoit: Debout, on veut vous tuer. Il s'esveille, et pensant a ce songe, l'un de ses compagnons s'escrie d'un autre lict: Qui est-ce qui me foule aux pieds? Stuart lui respond: C'est a l'avanture quelque chat qui rode ici la nuict. Alors le troisiesme qui dormoit encor, s'esveillant en sursaut, se jette du lict en bas et demande: Qui m'adonne bien serre sur la joue? Sur ce il lui semble que quelqu'un sautoit avec grand bruit par la porte hors de la chambre. Comme ces trois gentilshommes devisoyent de leurs visions, voici la maison du roy renversee avec grand bruit par violence et de pouldre a canon, dont s'ensuit la mort du prince."

D'apres le petit livre intitule la Mort du roi, cite par Goulart[1], "Le vendredi quatorziesme jour de may 1610, une religieuse de l'abbaye de Sainct-Paul en Picardie, soeur de Villers Hodan, gouverneur de Dieppe, estant en quelque indisposition, fut visitee en sa chambre par son abbesse, soeur du cardinal de Sourdi, et apres qu'elles se furent entretenues de paroles propres a leur condition, elle s'escria sans trouble ni sans les agitations et frayeurs propres aux enthousiastes: Madame, faites prier Dieu pour le roi: car on le tue. Et un peu apres: Helas! il est tue! En la conference des paroles et de l'acte on a trouve que tout cela n'avoit eu qu'une mesme heure."