"Le bruit commun, dit saint Augustin[1] est, et plusieurs l'ont essaye et encore entendu de ceux la foy desquels ne peut estre revoquee en doute que certains faunes et animaux silvestres appelez du commun incubes ont este facheux et envieux aux femmes, tellement qu'ils ont souvent convoite d'habiter avec elles, et se trouvent certains demons que les Francois appellent Dusii, lesquels s'efforcent tant qu'ils peuvent de cognoistre les femmes et souvent ils accomplissent leur dessein; tellement que de nier cela est un traict d'un homme impudent."

[Note 1: Cite de Dieu, livres XXIII et XIX.]

Crespet[1] rapporte que "Col. Rhodiginus livre II, chap. VI, des Antiques lecons, soustient que les diables peuvent habiter avec les femmes, Daemones foecundos esse femine, et coire, angelos vero bonos minime. Et souvent on a trouve des sorcieres es lieux escartes, couchees a la renverse et se remuer comme estans en l'acte venerien, et aussitost le diable se lever en forme de nuee espaisse et foetide."

[Note 1: Crespet, La hayne de Sathan, p. 296.]

D'apres Bodin[1] "Jeanne Herviller, native de Verbery pres Compiegne, entre autres choses, confessa que sa mere avoit este condamnee d'estre bruslee toute vive par arrest du parlement, confirmatif de la sentence du juge de Senlis, qu'a l'aage de douze ans sa mere la presenta au diable en forme d'un grand homme noir et vestu de noir, botte, esperonne, avec une espee au coste et un cheval noir a la porte, auquel la mere dit: Voicy ma fille que je vous ay promise, et a la fille: Voicy vostre amy qui vous fera bien heureuse, et des lors elle renonca a Dieu, a la religion, et puis coucha avec elle charnellement en la mesme sorte et maniere que font les hommes avecques les femmes, hormis que la semence estoit froide. Cela, dit-elle, continua tous les quinze jours, mesmes icelle estant couchee pres de son mary sans qu'il s'en apperceut. Et un jour le diable luy demanda si elle voulait estre enceinte de lui et elle ne voulut pas."

[Note 1: Demonomanie.]

Merlin passait pour fils du diable. "Je pense, dit Le Loyer[1], que ce n'est point chose tant incroyable qu'il ait este engendre du diable en une sorciere: car en la mesme isle vers le royaume d'Ecosse, au pays de Marree, y eut une fille qui se trouva grosse du fait du diable. Ce ne fut pas sans donner a penser a ses parents, qui la pouvoit avoir engrossee, parce qu'elle abhorroit les noces et n'avait voulu etre mariee. Ils la pressent de dire qui l'avait engrossee: elle confesse, que c'estoit le diable qui couchoit toutes les nuicts avec elle, en forme de beau jeune homme. Les parents ne se contentent pas la responce de la fille, pratiquent sa chambriere qui de nuict les fit entrer dans la chambre avec torches. Ce fut lors qu'ils apperceurent au lict de la fille, un monstre fort horrible n'ayant forme aucune d'homme. Le monstre fait contenance de ne vouloir quitter le lict, et fait on venir le prestre pour l'exorciser. Enfin le monstre sort, mais c'est avec tel tintamarre et fracassement, qu'il brusla les meubles qui estoient en la chambre, et en sortant descouvrit le toict et couverture de la maison. Trois jours apres, dict Hectore Boice, la sorciere engendra un monstre, le plus vilain qui fust oncque ne en Ecosse, que les sages femmes estoufferent."

[Note 1: Discours et histoires des spectres, etc., p. 315.]

"J'ai leu autrefois, dit le meme[1], en Thomas Valsingham, Anglais, que la nuict d'une feste de Pentecote une femme du pays et de la paroisse de Kenghesla du diocese de Wintchester et doyenne d'Aulton, nommee Jeanne, fut en songe, non tant admonestee, que pressee et sollicitee d'aller trouver un jeune homme qui l'entretenait par amourettes. Elle se mit en chemin des le lendemain, et estant en la foret de Wolmer, se presente a elle un demon en la forme de l'amoureux nomme Guillaume, qui l'accoste et jouyt d'elle. Ceste maladie elle pense luy avoir ete causee par l'amoureux, qui se justifie et montre qu'il etait impossible qu'il fust en la forest en la meme heure dont elle se plaignoit et par la fut la verite du demon incube descouverte. Cela rengregea encore la maladie de la femme et advint cette merveille. La maison ou gisait la femme fut tellement remplie de puanteur que personne n'y pouvoit durer, et trois jours apres mourut ayant les levres fort livides, le ventre noir et enfle par tout le corps. A toute peine huict hommes la porterent en terre tant elle pesoit."

[Note 1: Meme ouvrage, p. 340.]