"Toutes les sorcieres s'accordent en cela, dit Delrio[1], que la semence qu'elles recoivent du diable, est froide comme glace, et qu'elle n'apporte aucun plaisir, mais horreur plutost, et par consequent ne peut etre cause d'aucune generation. Je repons que le demon, voulant decevoir la femme souz l'espece et figure de quelque homme sans qu'elle s'appercoive qu'il est un demon, imite lors le plus convenablement qu'il peut tout ce qui est requis en l'accouplement de l'homme et de la femme, et par ainsi met-il en peine s'il veut que la generation s'en ensuive (ce qui avient rarement) d'y employer tout ce qui est necessaire a la generation, cherchant une semence prolifique, qu'il conserve et jette d'une si grande vitesse que les esprits vitaux ne s'evaporent. Mais quand il n'a point d'intention d'engendrer, alors il se sert de je ne scay quoy de semblable a la semence, chaud toutefois de peur que son imposture ne soit descouverte et tempere aussi le corps qu'il a pris de peur que par son attouchement, il n'apporte de la crainte, de l'horreur ou de l'epouvantement. Au contraire quand ils se couplent avec celles qui n'ignorent pas que ce soit un demon, il jette le plus souvent une semence imaginaire et froide, de laquelle je confesse ingenument qu'il ne peut rien provenir. Et qui plus est, toutes les sorcieres s'accordent en cela, qu'il les interroge si elles concoivent de ses oeuvres; et si d'aucunes se trouvent qui en aient envie, lors il se sert, comme je l'ay dit, de la vraye semence de l'homme."

[Note 1: Les controverses et recherches magiques, p. 187.]

Les demons, selon Delrio[1], peuvent aussi produire de certains monstres inaccoutumes, tels que celuy qu'on a veu au Bresil, de dix-sept palmes de hauteur, couvert d'un cuir de lesard, ayant des tetins fort gros, les bras de lyon, les yeux etincelans et flamboians et la langue de meme: tels aussi que ceux qui furent pris aux forets de Saxe, en l'an 1240 avec un visage demy humain: si ce n'est par aventure qu'ils fussent nez de l'accouplement de quelques hommes avec des betes brutes: qui est la plus certaine origine de la plus part des monstres. Car ainsi jadis Alcippe enfanta-t'elle un elephant, pendant la guerre Marsique. Ainsi trois femmes ont-elles accouche depuis l'une en Suisse d'un lyon, en l'an 1278, l'autre a Pavie d'un chat en l'an 1271 et l'autre d'un chien en la ville de Bresse. Ainsi encore l'an 1531 une autre femme a-elle enfante d'une meme ventree, premierement un chef d'homme enveloppe d'une taye, par apres un serpent a deux pieds et troisiemement un pourceau tout entier… Certainement en ces exemples ci-dessus allegues, je pense qu'il faut dire que c'est le demon, qui souz la figure de telles bestes a engrosse ces femmes."

[Note 1: Les controverses et recherches magiques.]

VIII.—PACTE AVEC LE DIABLE. MARQUE DES SORCIERS.

Un auteur anonyme[1] nous a conserve l'engagement pris par Loys Gaufridy envers le diable:

[Note 1: De la vocation des magiciens et magiciennes, etc. Paris,
Ollivier de Varennes, 1623, in-12.]

"Je, Loys prestre, renonce a tous et a chascun des biens spirituels et corporels, qui me pourroient estre donnez et m'arriver de la part de Dieu, de la Vierge, et de tous les saincts et sainctes: et principalement de la part de Jean Baptiste mon patron, et des saincts apotres Pierre et Paul et de sainct Francois. Et a toy, Lucifer, que te voy, et scay estre devant moi, je me donne moy-mesme, avec toutes les bonnes oeuvres que je ferai, excepte la valeur et le fruit des sacrements, au respect de ceux a qui je les administreray, et en cette maniere j'ay signe ces choses et les atteste."

Lucifer prit de son cote a l'egard de Loys Gaufridy l'engagement suivant:

"Je Lucifer, promets sous mon seing, a toy seigneur Loys Gaufridy prestre, de te donner vertu et puissance, d'ensorceler par le soufflement de bouche toutes et chacunes les femmes et les filles que tu desireras: en foy de quoy j'ay signe Lucifer."