Suivant Bodin[1], "Magdeleine de la Croix, native de Cordoue en Espagne, abbesse d'un monastere, se voyant en suspicion des religieuses, et craignant le feu, si elle estoit accusee, voulut prevenir pour obtenir pardon du pape, et confesse que des l'age de douze ans, un malin esprit en forme d'un More noir la sollicita de son honneur auquel elle consentit et continua trente ans et plus, couchant ordinairement avec luy: par le moyen duquel estant dedans l'eglise elle estoit elevee en haut et quand les religieuses communioient apres la consecration l'hostie venoit en l'air jusqu'a elle, au veu des autres religieuses qui la tenoient pour saincte, et le pretre aussi, qui trouvoit alors faute d'une hostie."
[Note 1: Demonomanie.]
"On voit a Molsheim, dit dom Calmet[1], dans la chapelle de saint Ignace en l'eglise des PP. Jesuites une inscription celebre qui contient l'histoire d'un jeune gentilhomme allemand, nomme Michel Louis, de la famille de Boubenhoren, qui ayant ete envoye assez jeune par ses parents a la cour du duc de Lorraine pour apprendre la langue francoise perdit au jeu de cartes tout son argent. Reduit au desespoir il resolut de se livrer au demon, si ce mauvais esprit vouloit ou pouvoit lui donner de bon argent: car il se doutoit qu'il ne lui en fourniroit que de faux et de mauvais. Comme il etoit occupe de cette pensee, tout d'un coup il vit paraitre devant lui comme un jeune homme de son age, bien fait, bien couvert, qui lui ayant demande le sujet de son inquietude lui presenta sa main pleine d'argent, et lui dit d'eprouver s'il etoit bon. Il lui dit de le venir retrouver le lendemain. Michel retourne trouver ses compagnons, qui jouoient encore, regagne tout l'argent qu'il avoit perdu, et gagne tout celui de ses compagnons. Puis il revient trouver son demon, qui lui demanda pour recompense trois gouttes de son sang, qu'il recut dans une coquille de gland: puis offrant une plume a Michel il lui dit d'ecrire ce qu'il lui dicteroit. Il lui dicta quelques termes inconnus qu'il fit ecrire sur deux billets differens[2] dont l'un demeura au pouvoir du demon et l'autre fut mis dans le bras de Michel au meme endroit d'ou le demon avoit tire du sang. Et le demon lui dit: Je m'engage de vous servir pendant sept ans, apres lesquels vous m'appartiendrez sans reserve. Le jeune homme y consentit, quoique avec horreur, et le demon ne manquoit pas de lui apparaitre jour et nuit sous diverses formes, et de lui inspirer diverses choses inconnues et curieuses, mais toujours tendantes au mal. Le terme fatal des sept annees approchoit, et le jeune homme avoit alors environ vingt ans. Il revint chez son pere: le demon auquel il s'etoit donne lui inspira d'empoisonner son pere et sa mere, de mettre le feu a leur chateau et de se tuer soi-meme. Il essaya de commettre tous ces crimes: Dieu ne permit pas qu'il y reussit, le fusil dont il vouloit se tuer ayant fait faute jusqu'a deux fois, et le venin n'ayant pas opere sur ses pere et mere. Inquiet de plus en plus, il decouvrit a quelques domestiques de son pere le malheureux etat ou il se trouvoit, et les pria de lui procurer quelques secours. En ce meme temps le demon le saisit, et lui tourna tout le corps en arriere, et peu s'en fallut qu'il ne lui rompit les os. Sa mere qui etoit de l'heresie de Suenfeld, et qui y avoit engage son fils, ne trouvant dans sa secte aucun secours contre le demon qui le possedoit ou l'obsedoit, fut contrainte de le mettre entre les mains de quelques religieux. Mais s'en retira bientot et s'enfuit a l'Islade d'ou il fut ramene a Molsheim par son frere, chanoine de Wirsbourg, qui le remit entre les mains des PP. de la Societe. Ce fut alors que le demon fit les plus violens efforts contre lui, lui apparoissant sous la forme d'animaux feroces. Un jour entre autres le demon sous la forme d'un homme sauvage et tout velu jetta par terre une cedule ou pacte different du vrai qu'il avoit extorque du jeune homme, pour tacher sous cette fausse apparence de le tirer des mains de ceux qui le gardoient et pour l'empecher de faire sa confession generale. Enfin on prit jour au 20 octobre 1603, pour se trouver en la chapelle de sainct Ignace, et y faire rapporter la veritable cedule contenant le pacte fait avec le demon. Le jeune homme y fit profession de la foi catholique et orthodoxe, renonca au demon, et recut la sainte Eucharistie. Alors jettant des cris horribles, il dit qu'il voyoit comme deux boucs d'une grandeur demesuree, qui, ayant les pieds de devant en haut, tenoient entre leurs ongles chacun de leur cote l'une des cedules ou pactes. Mais des qu'on eut commence les exorcismes et invoque le nom de sainct Ignace les deux boucs s'enfuirent, et il sortit du bras ou de la main gauche du jeune homme presque sans douleur et sans laisser de cicatrice, le pacte qui tomba aux pieds de l'exorciste. Il ne manquoit plus que le second pacte qui etoit reste au pouvoir du demon. On recommenca les exorcismes, on invoqua sainct Ignace et on promit de dire une messe en l'honneur du sainct: en meme temps parut une grande cigogne difforme, mal faite, qui laissa tomber de son bec cette seconde cedule, et on la trouva sur l'autel."
[Note 1: Traite sur les apparitions des esprits et sur les
vampires, ou les revenans de Hongrie, de Moravie, etc., par le
R.P. dom Augustin Calmet, abbe de Senones. Nouvelle edition, Paris,
Debust aine, 1751, 2 vol. in-12.]
[Note 2: Il y avait en tout dix lettres, la plupart grecques, mais qui ne formeront aucun sens. On les voyoit a Molsheim dans le tableau qui represente ce miracle.]
On parlait beaucoup chez les anciens de certains demons qui se montraient particulierement vers midi a ceux avec lesquels ils avaient contracte familiarite. Ces demons visitent ceux a qui ils s'attachent, en forme d'hommes ou de betes, ou en se laissant enclore en un caractere, chiffre, fiole, ou bien en un anneau vide et creux au dedans. "Ils sont connus, ajoute Leloyer, des magiciens qui s'en servent, et, a mon grand regret, je suis contraint de dire que l'usage n'en est que trop commun[1]."
[Note 1: Histoire des spectres, liv. III, ch. IV, p. 198.]
Honsdorf en son Theatre es exemples du 8e commandement, cite par Goulart[1], dit que: "Un docteur en medecine s'oublia si miserablement que de traiter alliance avec l'ennemi de nostre salut, qu'il avoit conjure et enclos dans un verre d'ou ce seducteur et familier esprit lui respondoit. Le medecin estoit heureux es guerisons des malades et amassa force escus en ses pratiques: tellement qu'il laissa a ses enfans la somme de vingt-six mille escus vaillant. Peu de temps avant sa mort, comme il commencoit a penser a sa conscience, il tombe en telle fureur que tout son propos estoit d'invoquer le diable, et vomir des blasphemes horribles contre le Sainct-Esprit. Il rendit l'ame en ce malheureux estat."
[Note 1: Thresor des histoires admirables, t. II, p. 624.]
Goulart[1] rapporte d'apres Alexandre d'Alexandrie[2] l'histoire d'un prisonnier qui, ayant appele le diable a son secours, avait visite les enfers: