[Note 1: Thresor d'histoires admirables, t. I, p. 535-538.]

[Note 2: Au livre VI, ch. XXI de ses Jours geniaux.]

"Le seigneur d'une villette en la principaute de Sulmona, au royaume de Naples, se monstroit avare et superbe en son gouvernement: de telle sorte que ses pauvres sujets ne pouvoyent subsister, ains estoyent estrangement gourmandez de lui. Un autre homme de bien au reste, mais pauvre et mesprise, battit rudement pour quelque occasion certain chien de chasse appartenant a ce seigneur, lequel griesvement irrite de la mort de son chien, fit empoigner et emprisonner ce pauvre homme en un cachot. Au bout de quelques jours les gardes qui tenoyent toutes les portes diligemment closes, venans a les ouvrir selon leur coustume, pour lui donner quelque peu de pain, ne trouverent point leur prisonnier en son cachot. L'ayans cerche et recerche par tout, sans pouvoir remarquer trace ni apparence quelconque d'evasion, finalement rapporterent ceste merveille a leur seigneur, qui de prime face s'en mocquoit et les menacoit, mais entendant puis apres la verite, ne fut pas moins estonne qu'eux. Au bout de trois jours apres ceste alarme, toutes les portes des prisons et du cachot fermees comme devant, ce mesme prisonnier, sans le sceu d'aucun, aparut renferme dedans son precedent cachot, ayant face et contenance d'homme esperdu; lequel requit que sans delai l'on le menast vers ce seigneur, auquel il avoit a dire choses de grande importance. Y ayant este conduit, il raconte qu'il estoit revenu des enfers. L'occasion avoit este que ne pouvant plus porter la rigueur de sa prison, vaincu de desespoir, craignant la mort, et destitue de bon conseil il avoit appelle le diable a son aide, a ce qu'il le tirast de ceste captivite. Que tost apres le malin en forme hideuse et terrible lui estoit apparu dedans son cachot, ou ils avoyent fait accord, suyvant lequel, il avoit este desferre et tire non sans griefs tourmens hors de la, puis precipite en des lieux souterrains et merveilleusement creux, comme au fond de la terre, ou il avoit veu les cachots des meschans, leurs supplices, tenebres et miseres horribles, des sieges puants et effrayables: des Rois, Princes, et grands Seigeurs, plongez en des abysmes tenebreux: ou ils brusloyent au feu ardent en des tourmens indicibles: qu'il avoit veu de Papes, Cardinaux, et autres Prelats magnifiquement vestus, et autres sortes de gens, en divers equipages, affligez de supplices distincts, en des goufres fort profonds, ou ils estoyent tourmentez incessamment. Adjoustant qu'il y avoit reconnu plusieurs de sa conoissance, notamment un de ses plus grands amis d'autrefois, lequel l'avoit reconu, et enquis de son estat: le prisonnier lui ayant raconte que leur pays estoit en main d'un rude maistre, l'autre lui enjoignist qu'estant de retour il commandast a ce rude seigneur de renoncer a ses tyranniques deportemens: et declarast que s'il continuoit sa place estoit marquee en certain siege prochain qu'il monstra au prisonnier. Et afin (dit cest esprit au prisonnier) que le seigneur dont nous parlons adjouste foy a ton rapport, di lui qu'il se souvienne du conseil secret et du propos que nous eusmes ensemble, lors que nous portions les armes en certaine guerre, et sous les chefs qu'il lui nomma. Puis il lui dit par le menu ce secret, leur accord, les paroles et promesses reciproques: lesquelles le prisonnier raconta distinctement les unes apres les autres, par leur ordre, a ce seigneur, lequel fut merveilleusement estonne de ce message, s'esbahissant comme il s'estoit peu faire que les choses commises a lui seul et qu'il n'avoit jamais descouvertes a personne, lui fussent deschifrees si hardiment par un pauvre sien sujet, qui les representoit comme s'il les eust leuees dedans un livre. On adjouste que le prisonnier s'estant enquis de l'autre avec lequel il devisoit es enfers s'il estoit possible et vrai que tant de gens qu'il voyoit si magnifiquement vestus, sentissent quelques tourmens? L'autre respondit qu'ils estoyent bruslez d'un feu continuel, pressez de tortures et supplices indicibles, et que tout ce parement d'or et d'escarlate n'estoit que feu ardent ainsi couloure. Que voulant sentir si ainsi estoit, il s'estoit aproche pour toucher ceste escarlate; que l'autre l'avoit exhorte de s'en departir; mais que l'ardeur de feu lui avoit grille tout le dedans de la main laquelle il monstroit tout rostie, et comme cuite a la braise d'un grand feu. Le pauvre prisonnier ayant este relasche, paroissoit a ceux qui l'aborderent s'en retournant chez soi comme un homme tout hebete, qui n'oid ni ne void goutte, tousjours pensif, parlant fort peu, et ne respondant presque point aux questions qu'on lui faisoit. Son visage au reste estoit devenu si hideux, son regard tant laid et farouche, apres ce voyage qu'a peine sa femme et ses enfans le reconurent-ils: et le reconoissant, ne fut question que de cris et de larmes, le contemplant ainsi change. Il ne vescut que fort peu de jours apres ce retour, et avec beaucoup de difficulte peut-il pourvoir a ses petites afaires, tant il estoit esperdu."

Crespet[1] decrit la marque dont Satan frappait les siens:

[Note 1: De la hayne de Sathan, p 244.]

"Or afin qu'on cognoisse que ce ne sont point songe il est tout evident, que la marque de Sathan sur les sorciers est comme lepreuse, car pour toute pointure d'alesnes et picqueures, le lieu est insensible, et c'est ou on les eprouve vraiment estre sorciers de profession a telle marque car ils ne sentent la pointure non plus que s'ils etaient ladres et n'en sort jamais goutte de sang, voire jamais on ne peut faire jecter l'arme pour tout supplice qu'on leur puisse inferer."

"Avec ce caractere ils recoivent la puissance de nuire, de charmer, et en font aussi participans leurs enfans si couvertement ou expressement, ils donnent consentement au serment et alliance que leurs peres ont faictes avec les diables, ou bien de ce que les meres ont soubs cette intention dedie ou consacre leurs enfans aux demons des qu'ils sont non seulement naiz mais aussi conceuz, et advient souvent que par les ministeres de ces demons quelques sorciers ont este veu avoir deux prunelles en chaque oeil, et d'autres le pourtraict d'un cheval en l'un, et double prunelle en l'autre. Ce que s'est faict pour servir de marque et caractere de l'alliance faicte avec eux. Car les demons peuvent en graver et effigier sur la cher du tendrelet embrion tels ou semblables lignes et lineamens."

"Ces marques, disait Jacques Fontaine[1], ne sont pas gravees par le demon sur les corps des sorciers, pour les recognoistre seulement, comme font les capitaines des compagnies de chevaux-legers qui cognoissent ceux qui sont de leur compagnie par la couleur des casaques, mais pour contrefaire le createur de toutes choses, pour montrer sa superbe, et l'authorite qu'il a acquise sur les miserables humains que se laissent attrapper a ses cautelles et ruses pour le tenir en son service et subjection par la recognoissance des marques de leur maitre. Pour les empescher en tant qu'il luy est possible, de se desdire de leurs promesses et serments de fidelite, parce qu'en luy faisan banqueroute, les marques ne demeurent pas moins tousjours sur leurs corps, pour, en cas d'accusation servir de moyen de les perdre a la moindre descouverte qu'il s'en puisse faire."

[Note 1: Discours des marques des sorciers et de la reelle possession, etc., par Jacques Fontaine. Paris, Denis Langlois, 1611, in-12, p. 6.]

"Un accuse nomme Louis Gaufridy, qui venoit d'etre condamne au feu… estoit marque en plus de trente endroits du corps et principalement sur les reins ou il avait une marque de luxure si enorme et profonde, esgard au lieu, qu'on y plantoit une esguille jusques a trois doigts de travers sans appercevoir aucun sentiment ny aucune humeur que la picqueure rendit."