Cardan raconte qu'un jour qu'il etait a Milan, le bruit se repandit tout a coup qu'il y avait un ange dans les airs au-dessus de la ville. Il accourut et vit, ainsi que deux mille personnes rassemblees, un ange qui planait dans les nuages, arme d'une longue epee et les ailes etendues. Les habitants s'ecriaient que c'etait l'ange exterminateur; et la consternation devenait generale, lorsqu'un jurisconsulte fit remarquer que ce qu'on voyait n'etait que la representation, qui se faisait dans les nuees, d'un ange de marbre blanc place au haut du clocher de Saint-Gothard.
"Plusieurs ont doute, dit Loys Guyon[1], si les anges qu'on appelle autrement intelligences, qui sont composez de substances incorporees, ministres, ambassadeurs et legats de Dieu, avoyent des corps humains ainsi qu'il se trouve escrit au dixiesme chapitre des Actes, de la vision d'un ange qui fut envoye a Corneille, et qui parla a luy. Par les discours qu'il fait a ses amis, une fois il l'appelle homme, autrefois ange. Moyse pareillement appelle indifferemment maintenant anges, maintenant hommes, ceux qui apparurent a Abraham, estans vestus de corps humains. Et comme aussi en plusieurs autres passages de l'Escriture Saincte, il se trouve de telles choses.
[Note 1: Diverses lecons, t. II, p. 9.]
"Tous theologiens catholiques tiennent que ces anges avoyent des corps humains, lesquels Dieu par son seul commandement leur avoit cree impassibles, sans aucune matiere prejacente, et si tost qu'ils avoyent exploite ce qui leur avoit este enjoint, les corps revenoyent a rien, comme ils avoyent este crees de rien. Et quant a leurs vestemens, la Saincte Escriture les dit estre ordinairement blancs et reluisans. Les evangelistes rendent tesmoignage, qu'il y avoit une esmerveillable splendeur aux vestemens de Jesus-Christ, quand il fut transfigure en la montagne saincte, et la manifesta sa gloire a trois de ses disciples. Ils en disent autant des anges qui ont este envoyez pour tesmoigner la resurrection de Jesus-Christ.
"Tout ainsi que Nostre-Seigneur s'accommode jusques a nostre infirmite, il commande a ses anges de descendre sous la forme de nostre chair, aussi seme-il sur eux quelque rayon de gloire, a fin que ce qu'il leur a commis de nous commander, soit receu en plus grande certitude et reverence et ne faut douter que les corps semblables a ceux des humains sont donnez aux anges, aussi tost les habillemens se reduisent a neant, et eux remis en leur premiere nature, et que toutesfois ils n'ont este sujets a aucunes infirmitez humaines, pendant qu'ils ont estez veus en forme d'homme. Et voila comme le doute de plusieurs sera oste touchant les corps des anges, et leurs vestemens. Aussi que si ces anges n'avoyent des organes, comme les autres hommes, ils ne pourroyent parler ni faire autres fonctions humaines, comme firent ceux qui osterent la grosse tombe et pierre qui estoit sur le sepulchre de Jesus-Christ.
"Il faut aussi noter la difference qu'il y a entre l'ame raisonnable et intelligence ou angelique nature. Parce que l'ame raisonnable est unie au corps et ensemble font une chose qui est l'homme, combien qu'elle puisse subsister a part ou separement. Mais la nature angelique n'est point unie au corps, mais sa creation porte de subsister par soy. Toutesfois extraordinairement pour un peu de temps, et encore fort rarement Dieu cree quant il lui plait un corps humain de rien a ses anges, qui retourne a rien."
"Simon Grynee, tres docte personnage, estant alle, dit Goulart[1], l'an 1529, de Heidelberg a Spire, ou se tenoit une journee imperiale, voulut ouyr certain prescheur, fort estime a cause de son eloquence. Mais ayant entendu divers propositions contre la majeste et verite du fils de Dieu, au sortir du sermon, il suit le prescheur, le salue honorablement, et le prie d'estre supporte en ce qu'il avoit a dire. Ils entrent doucement en propos. Grynee lui remonstre vivement et gravement les erreurs par lui avancez, lui ramentoit ce qu'avoit accoustume faire sainct Polycarpe, disciple des apostres, s'il lui avenoit d'ouyr des faussetez et blasphesmes en l'eglise. L'exhortant au nom de Dieu de penser a sa conscience et se departir de ses opinions erronees. Le prescheur demeure court, et feignant un desir de conferer plus particulierement, comme ayant haste de se retirer chez soy, demande a Grynee son nom, surnom, logis, et le convie a l'aller voir le lendemain pour deviser amplement, et demonstre affectionner l'amitie de Grynee, adjoustant que le public recueilleroit un grand profit de ceste leur conference. Outre plus il monstre sa maison a Grynee, lequel delibere se trouver a l'heure assignee, se retire en son hostellerie. Mais le prescheur irrite de la censure qui lui avoit este faite, bastit en sa pensee une prison, un eschaffaut et la mort a Grynee: lequel disnant avec plusieurs notables personnages leur raconta les propos qu'il avoit tenus a ce prescheur. La dessus on appelle le docteur Philippe, assis a table aupres de Grynee, lequel sort du poisle, et trouve un honorable vieillard, beau de visage, honorablement habille, inconnu, qui de parole grave et amiable, commence a dire que dedans l'heure d'alors arriveroyent en l'hostellerie des officiers envoyez de la part du roy des Romains, pour mener Grynee en prison. Le vieillard adjouste en commandement a Grynee de desloger promptement hors de Spire, exhortant Philippe a ne differer davantage. Et sur ce le vieillard disparoit. Le docteur Philippe, lequel raconte l'histoire en son Commentaire sur le prophete Daniel, chapitre dixiesme, adjouste ces mots: Je revin vers la compagnie, je leur commande de sortir de table, racontant ce que le vieillard m'avoit dit. Soudain nous traversons la grande place ayant Grynee au milieu de nous, et allons droict au Rhin, que Grynee passe promptement avec son serviteur dedans un esquif. Le voyans a sauvete, nous retournons a l'hostellerie, ou l'on nous dit qu'incontinent apres nostre depart, les sergens estoyent venus cercher Grynee."
[Note 1: Thresor d'histoires admirables, t. I, p. 129.]
Andre Honsdorf[1] raconte l'histoire suivante de l'apparition d'un ange a une pauvre femme:
[Note 1: En son Theatre d'exemples, cite par Goulart dans son
Thresor d'histoires admirables, t. I, p. 130.]