[Note 1: De situ orbis, liv. III, ch. VI.]

"Telles sont, suivant M. Leroux de Lincy[1], les premieres de toutes les fees que nous trouvons en France et dont le souvenir, conserve dans nos plus anciennes traditions populaires, s'est perpetue dans les chants de nos trouveres et dans nos romans de chevalerie; il se mele aux croyances que le paganisme avait laissees parmi nous, et ces deux elements confondus, multiplierent a l'infini ces fantastiques creatures. L'ile de Sein ne fut bientot plus assez vaste pour les contenir; elles se repandirent au milieu de nos forets, habiterent nos rochers et nos chateaux, puis bien loin, vers le Nord, au dela de la Grande-Bretagne, fut place le royaume de feerie. Il se nommait Avalon."

[Note 1: Le Livre des legendes, introduction, p. 174.]

Voici la description qu'en fait le Roman de Guillaume au court nez[1]:

[Note 1: Cite par M. Leroux de Lincy, le Livre des legendes,
appendices, p. 249.]

"Avalon fu mult riche et assazee
Onques si riche cite ne fu fondee;
Li mur en sont d'une grant pierre lee,
Il n'est, nus hons, tant ait la char navree,
S'a cele pierre pooist fere adesee
Qu'ele ne fust tout maintenant sanee;
Ades reluit com fournaise embrasee.
Chescune porte est d'yvoire planee
La mestre tour estoit si compassee,
N'i avoit pierre ne fust a or fondee.
.V. c. fenestes y cloent la vespree
C'onques de fust n'i ot une denree.
Il n'i ot ays saillie, ne doree
Qui de verniz ne soit fete et ouvree.
Et eu chescune une pierre fondee
Une esmeraude, .j. grant topace lee,
Beric, jagonce, ou sadoine esmeree.
La couverture fu a or tregetee,
Sus.j. pomnel fu l'aygle d'or fermee,
En son bec tint une pierre esprouvee;
Hom s'il la voit ou soir ou matinee,
Quanqu'il demande ne li soit aprestee."

On trouvait a Avalon ces simples precieux qui guerissaient les larges blessures des chevaliers. C'est la que fut porte Artur apres le terrible combat de Cubelin: "Nous l'y avons depose sur un lit d'or, dit le barde Taliessin dans la Vie de Merlin par Geoffroi de Monmouth; Morgane apres avoir longtemps considere ses blessures, nous a promis de les guerir. Heureux de ce presage, nous lui avons laisse notre roi."

C'est dans cette ile aussi que Morgane mena son bien-aime Ogier le Danois pour prendre soin de son education. C'est encore la que fut porte Renoart, l'un des heros de la chanson de gestes de Guillaume au court nez:

Avec Artur, avecques Roland,
Avec Gauvain, avecques Yvant.

La etaient Auberon et Mallabron "ung luyton de mer" dit le roman d'Ogier; et M. Maury pense que c'est dans cette ile mysterieuse que fut conduit Lanval par la fee sa maitresse.