"Les fees, dit M.A. Maury[1] se rendaient visibles pres de l'ancienne fontaine druidique de Baranton, dans la foret de Brocheliande:
[Note 1: Les fees du moyen age, recherches sur leur origine, leur histoire et leurs attributs, pour servir a la connaissance de la mythologie gauloise, par L. F. Alfred Maury. Paris, Ladrange, 1843, in-12]
"La soule l'en les fees veoir", ecrivait en 1096 Robert Wace. Ce fut egalement dans une foret, celle de Colombiers en Poitou, pres d'une fontaine appelee aujourd'hui par corruption la font de scie, que Melusine apparut a Raimondin[1]. C'est aussi pres d'une fontaine que Graelent vit la fee dont il tomba amoureux et avec laquelle il disparut pour ne plus jamais reparaitre[2]. C'est pres d'une riviere que Lanval rencontra les deux fees dont l'une, celle qui devint sa maitresse, l'emmena dans l'ile d'Avalon, apres l'avoir soustrait au danger que lui faisait courir l'odieux ressentiment de Genevre[3]. Viviane, fee celebre dont le nom est une corruption de Vivlian, genie des bois, celebree par les chants celtiques, habitait au fond des forets, sous un buisson d'aubepine, ou elle tint Merlin ensorcele[4]."
[Note 1: Histoire de Melusine, par Jean d'Arras. Paris, 1698,
in-12, p. 125.]
[Note 2: Poesies de Marie de France, edit. Roquefort, t. I, p.
537; lai de Graelent.]
[Note 3: Meme ouvrage, t. II, p. 207; lai de Lanval.]
[Note 4: Th. de la Villemarque, Contes populaires des anciens
Bretons.]
"Les eaux minerales, dont l'action bienfaisante etait attribuee a des divinites cachees, a Sirona, a Venus anadyomene, auxquelles on consacrait des ex-voto et des autels, furent regardees au moyen age comme devant leur vertu medicale a la presence des fees. Pres de Domremy, la source thermale qui coulait au pied de l'arbre des fees et ou s'etait souvent arretee Jeanne d'Arc, en proie a ses etonnantes visions, avait jailli, suivant le dire populaire, sous la baguette des bonnes fees. C'est encore sous le meme patronage que les montagnards de l'Auvergne placent les eaux minerales de Murat-le-Quaire. Les habitants de Gloucester, l'ancienne Kerloiou, pretendent que neuf fees, neuf magiciennes veillent a la garde des eaux thermales de cette ville; et ils ajoutent qu'il faut les vaincre quand on veut en faire usage."
Une des principales occupations des fees, c'est de douer les enfants de vertus plus ou moins extraordinaires, plus ou moins surnaturelles.
Le Roman d'Ogier le Danois raconte que: "La nuit ou l'enfant naquit, les demoiselles du chateau le porterent dans une chambre separee, et quand il fut la, six belles demoiselles qui etaient fees se presenterent: s'etant approchees de l'enfant, l'une d'elles, nommee Gloriande, le prit dans ses bras, et le voyant si beau, si bien fait, elle l'embrassa et dit: Mon enfant, je te donne un don par la grace de Dieu, c'est que toute ta vie tu seras le plus hardi chevalier de ton temps. Dame, dit une autre fee, nommee Palestrine, certes voila un beau don, et moi j'y ajoute que jamais tournois et batailles ne manqueront a Oger. Dame, ajouta la troisieme, nommee Pharamonde, ces dons ne sont pas sans peril, aussi je veux qu'il soit toujours vainqueur. Je veux, dit alors Melior, qu'il soit le plus beau, le plus gracieux des chevaliers. Et moi, dit Pressine, je lui promets un amour heureux et constant de la part de toutes les dames. Enfin, Mourgues, la sixieme, ajouta: J'ai bien ecoute tous les dons que vous avez faits a cet enfant, eh bien! il en jouira seulement apres avoir ete mon ami par amour, et avoir habite mon chateau d'Avalon. Ayant dit, Mourgues embrassa l'enfant, et toutes les fees disparurent."