"La beaute, dit M. Maury[1], est, il est vrai, un des avantages qu'elles ont conserves; cette beaute est presque proverbiale dans la poesie du moyen age; mais a ces charmes elles unissent quelques secrete difformite, quelque affreux defaut; elles ont, en un mot, je ne sais quoi d'etrange dans leur conduite et leur personne. La charmante Melusine devenait, tous les samedis, serpent de la tete au bas du corps. La fee qui, d'apres la legende, est la souche de la maison de Haro, avait un pied de biche d'ou elle tira son nom, et n'etait elle-meme qu'un demon succube."
[Note 1: Les Fees du moyen age, p. 53.]
"Le nom de dame du lac, dit le meme auteur, donne a plusieurs fees, a la Sibille du roman de Perceforest, a Viviane, qui eleva le fameux Lancelot, surnomme aussi du Lac, a son origine dans les traditions septentrionales. Ces dames du lac sont filles des meerweib-nixes qui, sur les bords du Danube, predisent dans les Niebelungen, l'avenir au guerrier Hagene; elles descendent de cette sirene du Rhin qui, a l'entree du gouffre ou avait ete precipite le fatal tresor des Niebelungen, attirait par l'harmonie de ses chants que quinze echos repetaient, les vaisseaux dans l'abime."
"Les ondins, les nixes de l'Allemagne, attirent au fond des eaux les mortels qu'elles ont seduits ou ceux qui, a l'exemple d'Hylas, se hasardent imprudemment sur les bords qu'elles habitent. En France, une legende provencale raconte de meme comment une fee attira Brincan sous la plaine liquide et le transporta dans son palais de cristal[1]. Cette fee avait une chevelure vert glauque, qui rappelle celle que donnent les habitants de la Thuringe a la nixe du lac de Sal-Zung[2], ou celle qu'attribuent les Slaves a leurs roussalkis[3]. Ces roussalkis, comme les ondins de Magdebourg[4], comme les Korrigans de la Bretagne, viennent souvent a la surface des eaux peigner leur brillante chevelure. Melusine nous est representee de meme peignant ses longs cheveux, tandis que sa queue s'agite dans un bassin."
[Note 1: Kirghtley, The fairy Mythology, t. II, p. 287].
[Note 2: Bechstein, der Sagenschatz und die Sagenkreise des
Thuringeslandes, P. IV, p. 117, Meiningen 1838, in-12. (Les nixes
de ce lac enlevaient aussi les enfants, comme les Korrigans de la
Bretagne).]
[Note 3: Makaroff, Traditions russes (en russe), t. I, p. 9.]
[Note 4: Grimm, Traditions allemandes, t. I, p. 83.]
"Plusieurs fees, dit M. A. Maury[1], sont representees comme de veritables divinites domestiques. Dame Abonde, cette fee dont parle Guillaume de Paris, apporte l'abondance dans les maisons qu'elle frequente[2]. La celebre fee Melusine pousse des gemissements douloureux chaque fois que la mort vient enlever un Lusignan[3]. Dans l'Irlande, la Banshee vient de meme aux fenetres du malade appartenant a la famille qu'elle protege, frapper des mains et faire entendre des cris de desespoir[4]. En Allemagne, dame Berthe, appelee aussi la Dame blanche se montre comme les fees a la naissance des enfants de plusieurs maisons princieres sur lesquelles elle etend sa protection… Dans les bruyeres de Lunebourg, la Klage Weib annonce aux habitants leur fin prochaine. Quand la tempete eclate, que le ciel s'ouvre, quand la nature est en proie a quelques-unes de ces tourmentes ou elle semble lutter contre la destruction, la Klage Weib se dresse tout a coup comme un autre Adamastor, et, appuyant son bras gigantesque sur la frele cabane du paysan, elle lui annonce par l'ebranlement soudain de sa demeure que la mort l'a designe[5].
[Note 1: Les Fees du moyen age.]