Les fees assisterent de meme, dit M. Maury[1], a la venue au monde d'Isaie le Triste. Aux environs de la Roche aux Fees, dans le canton de Rhetiers, les paysans croient encore aux fees qui prennent, disent-ils, soin des petits enfants, dont elles pronostiquent le sort futur; elles descendent dans les maisons par les cheminees et ressortent de meme pour s'en aller[2]. Les volas ou valas Scandinaves allaient de meme predire la destinee des enfants qui naissaient dans les grandes familles[3]; elles assistaient aux accouchements laborieux et aidaient par leurs incantations (galdrar) les femmes en travail. Les fees voulaient meme souvent etre invitees. Longtemps, a l'epoque des couches de leurs femmes, les Bretons servaient un repas dans une chambre contigue a celle de l'accouchee, repas qui etait destine aux fees, dont ils redoutaient le ressentiment[4]. Les fees furent invitees a la naissance d'Oberon, elles le doterent a l'envi des dons les plus rares; une seule fut oubliee, et pour se venger de l'outrage qui lui etait fait, elle condamna Oberon a ne jamais depasser la taille d'un nain.
[Note 1: Les Fees au moyen age.]
[Note 2: Memoires de M. de la Pillaye, dans le t. II de la nouvelle
serie des Memoires des antiquaires de France, p. 95.]
[Note 3: Bergmann, Poemes islandais, p. 159. Grenville Pigott, a
Manual of Scandinavian mythology, p. 353. Londres, 1839.]
[Note 4: Dans l'antiquite, a la naissance des enfants des familles riches, par suite de croyances analogues a celles-ci, on etablissait dans l'atrium un lit pour Junon Lucine.]
"Dans la legende de saint Armentaire, composee vers l'an 1300, par un gentilhomme de Provence nomme Raymond, on parle des sacrifices qu'on faisait a la fee Esterelle, qui rendait les femmes fecondes. Ces sacrifices etaient offerts sur une pierre nommee la Lauza de la fada[1]."
[Note 1: Cambry, Monuments celtiques, p. 342.]
Les fees aimaient a suborner les jeunes seigneurs, temoin ce chant de la Bretagne que rapporte M. de la Villemarque[1]: "La Korrigan etait assise au bord d'une fontaine et peignait ses cheveux blonds; elle les peignait avec un peigne d'or, car ces dames ne sont pas pauvres: Vous etes bien temeraire, de venir troubler mon eau, dit la Korrigan; vous m'epouserez a l'instant ou pendant sept annees vous secherez sur pied, ou vous mourrez dans trois jours."
[Note 1: Chants populaires de la Bretagne, t. I, p. 4.]
Melusine suborna ainsi Raimondin pour echapper au destin cruel que lui avait predit sa mere Pressine.