[Note 1: Les Fees du moyen age, p. 76.]

"L'herbe des champs est sous la protection des Elfes; tant qu'elle n'a pas encore leve, qu'elle ne fait que germer sous terre, ce sont les Elfes noirs (Schwarsen Elfen) qui la protegent, qui veillent sur elle; puis a-t-elle eleve au-dessus du sol sa tige delicate, elle passe sous la garde des Elfes lumineux (Licht Elfen), des Elfes de lumiere."

On retrouve les Elfes dans les autres pays de l'Europe sous differents noms. En Allemagne ils jouent un role dans les Niebelungen et dans le Heldenbuch.

"Les femmes des Elfes, dit M. Alf. Maury[1], sont regardees en Allemagne comme aussi habiles que nos fees a tourner le fuseau. Une foule de traditions rappellent ces mysterieuses ouvrieres. Telle est la legende de la jeune fille de Scherven pres de Cologne, qu'on voit la nuit filer un fil magique; telle est celle de dame Holle, que la croyance populaire place dans la Hesse, sur le mont Meisner. Holle distribue des fleurs, des fruits, des gateaux de farine et repand la fertilite dans les champs qu'elle parcourt; elle excelle a filer; elle encourage les fileuses laborieuses et punit les paresseuses; elle preside a la naissance des enfants, se montre alors sous l'apparence d'une vieille femme aux vetements blancs; parfois aussi elle est vindicative et cruelle. Elle se venge en enlevant les enfants et en les entrainant au fond des eaux. Pschipolonza, cette petite femme vieille, hideuse et ridee, qui effraie souvent les paysans des environs de Zittau, se montre au bord des chemins dans les bois, vetue de blanc et occupee a filer. Dans la Livonie, on croit aux Swehtas jumprawas, jeunes filles qu'on apercoit la nuit filant mysterieusement.

[Note 1: Les Fees du moyen age, p. 71-72.]

En Angleterre, les Elfes se partagent en deux classes: ceux qui habitent les montagnes, les forets, les cavernes, et qu'on appelle rural Elves, et les Gobelins (Hobgobelins) qui ont coutume de vivre parmi les Elfes. Mais c'est en Irlande surtout qu'on se rappelle les Elfes. Ils s'y divisent en plusieurs familles distinctes par le nom, le pouvoir ou les actions qu'on leur attribue: ainsi on connait les Shepo, les Cluricaune, les Banshee, les Phooca, ou Pouke, les Sullahan ou Dullahan, etc.

"Shepo, qui signifie litteralement une fee de maison, dit M. Leroux de Lincy, en citant l'ouvrage de M. Crofton Croker[1], est le nom qu'on donne aux esprits qui vivent en commun, et que le peuple suppose avoir des chateaux et des habitations; au contraire on nomme Cluricaune ceux qui vivent seuls et se cachent dans les lieux retires. Les Banshee sont des fees qui, suivant la tradition, s'attachent a certaines familles et que l'on entend pousser des gemissements quand un malheur doit frapper celles qu'elles ont adoptees. Quant au Phooca, au Dullahan, c'est le nom qu'on donne au diable, aussi appele Fir Darriz."

[Note 1: Fairy legends and Traditions of the South of Ireland.
Londres, Murray, 1834, in-12.]

"Suivant la croyance populaire de l'Irlande, dit M. Alf. Maury[1], les Elfes celebrent deux grandes fetes dans l'annee; l'une est au commencement du printemps, quand le soleil approche du solstice d'ete; alors le heros O'Donoghue, qui jadis regna sur la terre, monte dans les cieux sur un cheval blanc comme le lait, entoure du cortege brillant des Elfes. Heureux celui qui l'apercoit lorsqu'il s'eleve des profondeurs du lac de Killarney! Cette rencontre lui porte bonheur. A Noel, les esprits souterrains celebrent une fete nocturne avec une joie sauvage et qui inspire la frayeur. Les esprits des forets courent dans les clairieres, revetus d'habillements verts; l'oreille distingue alors le trepignement des chevaux, le mugissement des boeufs sauvages. Lorsque le peuple entend ce vacarme, il dit que c'est le guerrier, les chasseurs furieux, das wuthende Heer, die wuthenden Jaeger. Dans l'ile de Moen, on appelle ce bruit le Gronjette; en Suede on le nomme la chasse d'Odin."

[Note 1: Les Fees du moyen age, p. 58.]