[Note 1: Cite par Goulart, Thresor des histoires admirables, t.
I, p. 143.]

Discite justitiam moniti et non temnere divos.

C'est, adjousta-t-elle le meilleur et le plus digne vers que Virgile fit oncques: va-t-en et ne retourne plus ici pour me tenter."

Une nommee Louise Maillat, petite demoniaque qui vivait en 1598, perdit l'usage de ses membres; on la trouva possedee de cinq demons qui s'appelaient loup, chat, chien, joly, griffon. Deux de ces demons sortirent d'abord par sa bouche en forme de pelotes de la grosseur du poing; la premiere rouge comme du feu, la seconde, qui etait le chat, sortit toute noire; les autres partirent avec moins de violence. Tous ces demons etant hors du corps de la jeune personne firent plusieurs tours devant le foyer et disparurent. On a su que c'etait Francoise Secretain qui avait fait avaler ces diables a cette petite fille dans une croute de pain de couleur de fumier[1].

[Note 1: M. Garinet, Hist. de la Magie en France, p. 162.]

II.—ENSORCELES

"On tient, dit Goulart[1], d'apres Vigenere[2], que si les sorciers guerissent (c'est-a-dire dessorcelent) un homme maleficie, et par eux ou autres leurs compagnons ensorcelle, il faut qu'ils donnent le sort a un autre. Cela est vulgaire par leur confession. De fait, j'ay veu un sorcier d'Auvergne prisonnier a Paris, l'an 1569, qui guerissoit les bestes et les hommes quelquefois: et fut trouve saisi d'un grand livre, plein de poils de chevaux, vaches et autres bestes, de toutes couleurs. Quand il avoit jete le sort pour faire mourir quelque cheval, on venoit a lui, et le guerissoit en apportant du poil; puis il donnoit le sort a un autre, et ne prenoit point d'argent; car autrement (comme il disoit) il n'eust pas gueri. Aussi estoit-il habille d'une vieille saye composee de mille pieces. Un jour ayant donne le sort au cheval d'un gentilhomme, on vint a lui. Il guerit le cheval et donna le sort au palefrenier. On retourne afin qu'il guerist l'homme. Il respond qu'on demandast au gentilhomme lequel il aimoit mieux perdre, son homme ou son cheval. Tandis que le gentilhomme fait de l'empesche et qu'il delibere, son homme mourut, et le sorcier fut pris. Il fait a noter que le diable veut toujours gaigner au change, tellement que si le sorcier oste le sort a un cheval, il le donnera a un autre cheval qui vaudra mieux. S'il guerit une femme, la maladie tombera sur un homme. S'il dessorcelle un vieillard, il ensorcellera un jeune garcon. Et si le sorcier ne donne le sort a un autre il est en danger de sa vie. Brief si le diable guerit (en apparence) le corps, il tue l'ame."

[Note 1: Thresor des histoires admirables, t. II, p. 826.]

[Note 2: Annotation sur la statue d'Esculape, au 2e volume de Philostrate.]

"J'en reciteray quelques exemples, dit Bodin[1]: M. Fournier, conseiller d'Orleans, m'a raconte d'un nomme Hulin Petit, marchand de bois en ceste ville-la, qu'estant ensorcelle a la mort, il envoya querir un qui se disoit guerir de toutes maladies (suspect toutes fois d'estre grand sorcier), pour le guerir: lequel fit response qu'il ne pouvoit le guerir s'il ne donnoit la maladie a son fils, qui estoit encores a la mammelle. Le (malheureux) pere consentit au parricide de son fils; qui fait bien a noter pour conoistre la malice de Satan, et la juste fureur du Souverain sur les personnes qui recourent a cest esprit homicide et a ses instrumens. La nourrisse entendant cela s'enfuit avec son fils, pendant que le sorcier touchoit le pere pour le guerir. Apres l'avoir touche, le pere se trouva gueri. Mais le sorcier demandant le fils, et ne le trouvant point, commence a crier: Je suis mort! ou est l'enfant? Ne l'ayant point trouve, il s'en alla; mais il n'eut pas mis les pieds hors la porte que le diable le tua soudain. Il devint aussi noir que si on l'eust noirci de propos delibere."