[Note 1: Les diverses lecons.]
"Quoy qu'il puisse estre, ledit sainct Augustin, au livre de la Cite de Dieu, livre XVIII, chap. XVII et XVIII, recite que de son temps, il y avoit es Alpes certaines femmes sorcieres qui donnoyent a manger de certain formage aux passants et soudainement estoyent transformez en asnes ou en autres bestes de sommes, et leur faisoyent porter des charges jusqu'a certains lieux; ce qu'ayant execute, leur rendoyent la forme humaine."
"L'evesque de Tyr, historien, escrit que de son temps, qui pouvoit estre 1220, il y eut quelques Anglois que leur Roy envoyoit au secours des Chrestiens qui guerroyoient en la terre saincte, qui estans arrivez en une havre de l'isle de Cypre, une femme sorciere transmua un jeune soldat anglois en asne, lequel voulant retourner vers ses compagnons dans le navire fut chasse a coups de baston, lequel s'en retourna a la sorciere, qui s'en servit jusqu'a ce qu'on s'apperceut que l'asne s'agenouilla dans une Eglise, faisant choses qui ne pouvoyent partir que d'un animal raisonnable, et par suspicion la sorciere qui le suivoit estant prise par authorite de justice, le restitua en forme humaine trois ans apres sa transformation, laquelle fut sur le champ executee a mort."
"Nous lisons, reprend Loys Guyon[1] qu'Ammonius, philosophe peripateticien, avoit ordinairement a ses lecons et lors qu'il enseignoit un asne, qui estoit du temps de Lucius Septimius Severus, empereur, l'an de J.-C. 196. Je penseroy bien que cest asne eust este autrefois homme, et qu'il comprenait bien ce que ledit Ammonius enseignoit, car ces personnes transformees, la raison leur demeure comme l'asseure le dit sainct Augustin et plusieurs autres auteurs."
[Note 1: Diverses lecons, t. I, p. 426.]
"Fulgose escrit, livre VIII, chap. II, que du temps du pape Leon, qui vivoit l'an 930, il y avoit en Allemagne deux sorcieres hostesses qui avoyent accoustume de changer ainsi quelques fois leurs hostes en bestes, et comme une fois elles changerent un jeune garcon basteleur en asne, qui donnoit mille plaisirs aux passans, n'ayant point perdu la raison, leur voisin l'acheta bien cher, mais elles dirent a l'acheteur qu'elles ne le luy garantiraient pas et qu'il le perdoit s'il alloit a la riviere. Or l'asne s'estant un jour eschappe, courant au lac prochain ou s'etant plonge en l'eau, retourna en sa figure. Nostre Apuleius dit qu'il reprint sa forme humaine pour avoir mange des roses."
"On voit encore aujourd'huy en Egypte des asnes qu'aucuns menent en la place publique lesquels font plusieurs tours d'agilite, et des singeries, entendans tout ce qu'on leur commande, et l'executent: comme de monstrer la plus belle femme de la compagnie, ce qu'ils font, et plusieurs austres choses qu'on ne voudroit croire: ainsi que le recite Belon, medecin, en ses observations, qu'il a veus et d'autres aussi, qui y ont este, qui me l'ont affirme de mesme."
"On amena un jour a sainct Macaire l'Egyptien, dit dom Calmet[1], une honnete femme qui avoit ete metamorphosee en cavalle par l'art pernicieux d'un magicien. Son mari et tous ceux qui la virent crurent qu'elle etoit reellement changee en jument. Cette femme demeura trois jours et trois nuits sans prendre aucune nourriture, ni propre a l'homme, ni propre a un cheval. On la fit voir aux pretres du lieu, qui ne purent y apporter aucun remede. On la mena a la cellule de sainct Macaire, a qui Dieu avoit revele qu'elle devoit venir. Ses disciples vouloient la renvoyer, croyant que c'etoit une cavalle, ils avertirent le saint de son arrivee, et du sujet de son voyage. Il leur dit: Vous etes de vrais animaux, qui croyez voir ce qui n'est point; cette femme n'est point changee, mais vos yeux sont fascines. En meme temps, il repandit de l'eau benite sur la tete de cette femme, et tous les assistants la virent dans son premier etat. Il lui fit donner a manger, et la renvoya saine et sauve avec son mari. En la renvoyant, il lui dit: Ne vous eloignez point de l'eglise, car ceci vous est arrive, pour avoir ete cinq semaines sans vous approcher des sacremens de notre Sauveur."
[Note 1: Traite des apparitions des esprits, t. I, p. 102.]