On appelle sortileges ou malefices toutes pratiques superstitieuses employees dans le dessein de nuire aux hommes, aux animaux ou aux fruits de la terre. On appelle encore malefices les malapies et autres accidents malheureux causes par un art infernal et qui ne peuvent s'enlever que par un pouvoir surnaturel.

Il y a sept principales sortes de malefices employes par les sorciers: 1 deg. ils mettent dans le coeur une passion criminelle; 2 deg. ils inspirent des sentiments de haine ou d'envie a une personne contre une autre; 3 deg. ils jettent des ligatures; 4 deg. ils donnent des maladies; 5 deg. ils font mourir les gens; 6 deg. ils otent l'usage de la raison: 7 deg. ils nuisent dans les biens et appauvrissent leurs ennemis. Les anciens se preservaient des malefices a venir en crachant dans leur sein.

En Allemagne, quand une sorciere avait rendu un homme ou un cheval impotent et maleficie, on prenait les boyaux d'un autre homme ou d'un cheval mort, on les trainait jusqu'a quelque logis, sans entrer par la porte commune, mais par le soupirail de la cave, ou par-dessous terre, et on y brulait ces intestins. Alors la sorciere qui avait jete le malefice sentait dans les entrailles une violente douleur, et s'en allait droit a la maison ou l'on brulait les intestins pour y prendre un charbon ardent, ce qui faisait cesser le mal. Si on ne lui ouvrait promptement la porte, la maison se remplissait de tenebres avec un tonnerre effroyable, et ceux qui etaient dedans etaient contraints d'ouvrir pour conserver leur vie[1]. Les sorciers, en otant un sort ou malefice, sont obliges de le donner a quelque chose de plus considerable que l'etre ou l'objet a qui ils l'otent: sinon, le malefice retombe sur eux. Mais un sorcier ne peut oter un malefice s'il est entre les mains de la justice: il faut pour cela qu'il soit pleinement libre.

[Note l: Bodin, Demonomanie.]

On a regarde souvent les epidemies comme des malefices. Les sorciers, disait-on, mettent quelquefois, sous le seuil de la bergerie ou de l'etable qu'ils veulent ruiner, une touffe de cheveux, ou un crapaud, avec trois maudissons, pour faire mourir etiques les moutons et les bestiaux qui passent dessus: on n'arrete le mal qu'en otant le malefice. De Lancre dit qu'un boulanger de Limoges, voulant faire du pain blanc suivant sa coutume, sa pate fut tellement charmee et maleficiee par une sorciere qu'il fit du pain noir, insipide et infect.

Une magicienne ou sorciere, pour gagner le coeur d'un jeune homme marie, mit sous son lit, dans un pot bien bouche, un crapaud qui avait les yeux fermes; le jeune homme quitta sa femme et ses enfants pour s'attacher a la sorciere; mais la femme trouva le malefice, le fit bruler, et son mari revint a elle[1].

[Note 1: Delrio, Disquisitions magiques.]

Un pauvre jeune homme ayant quitte ses sabots pour monter a une echelle, une sorciere y mit quelque poison sans qu'il s'en apercut, et le jeune homme, en descendant, s'etant donne une entorse, fut boiteux toute sa vie[1].

[Note 1: De Lancre, De l'inconstance, etc.]

Une femme ensorcelee devint si grasse, dit Delrio, que c'etait une boule dont on ne voyait plus le visage, ce qui ne laissait pas d'etre considerable. De plus, on entendait dans ses entrailles le meme bruit que font les poules, les coqs, les canards, les moutons, les boeufs, les chiens, les cochons et les chevaux, de facon qu'on aurait pu la prendre pour une basse-cour ambulante.