[Note 1: Traite sur les apparitions des esprits, t. I, p. 101.]
[Note 2: De Diaboli potentia in corpora, 1736, p. 382.]
Bodin a escrit livre II, chap. III, de la Demonomanie, dit Guyon[1], que le sieur Nouilles, abbe de l'Isle, et depuis evesque de Dax, ambassadeur a Constantinople, dit qu'un gentilhomme polonois, nomme Pruiski, qui a este ambassadeur en France, luy dit que l'un des grands roys de la chrestiente, voulant scavoir l'yssue de son estat, fit venir un prestre necromantien et enchanteur, lequel dit la messe, et apres avoir consacre l'hostie, trancha la teste a un jeune enfant de dix ans, premier ne, qui estoit prepare pour cest effet, et fit mettre sa teste sur l'hostie, puis disant certaines paroles, et usant de caracteres qu'il n'est besoin scavoir, demanda ce qu'il vouloit. La teste ne respondit que ces deux mots: Vim patior en latin: c'est a dire j'endure violence. Et aussitost le roy entra en furie, criant sans fin: Ostez-moi ceste teste, et mourut ainsi enrage. Depuis que ces choses furent escrites, j'ay demande audit sieur de Dax si ce que Bodin avoit escrit de luy estoit vray, lequel m'asseura qu'ouy, mais quel roy c'estoit, il ne le me voulut jamais dire."
[Note 1: Les diverses lecons de Loys Guyon, t. I, p. 735.]
P. Leloyer[1] rappelle encore l'histoire d'une autre tete qui parla apres la separation du corps, dont Pline fait mention. "En la guerre de Sicile entre Octave Cesar qui depuis fut surnomme Auguste et Sextus Pompeius fils de Pompee le Grand, y eut, dit-il, un des gens d'Octave appele Gabinius qui fut prins des ennemis, et eut la teste coupee par le commandement de Sextus Pompeius, de sorte qu'elle ne tenoit plus qu'un petit a la peau. Il est ouey sur le soir qu'il se plaignoit et desiroit parler a quelqu'un. Aussitost une grande multitude s'assemble autour du corps; il prie ceux qui estoient venus de faire parler a Pompee et qu'il estoit venu des enfers pour luy dire chose qui luy importoit. Cela est rapporte a Pompee, il n'y veut aller et y envoye quelqu'un de ses familiers, ausquels Gabinius dit que les dieux d'en bas recevoient les justes complaintes de Pompee et qu'il auroit toute telle issue qu'il souhaitoit. En signe de verite, il dit qu'il devoit aussitost retomber mort qu'il auroit accomply son message. Cela advint et Gabinius tomba a l'heure tout mort comme devant." Il faut, du reste, noter que la prediction de Gabinius ne se realisa pas.
[Note 1: Discours et histoires des spectres, p. 259.]
L. Du Vair[1] raconte que les Biarmes, peuples septentrionaux fort voisins du pole arctique, estans un jour tout prets de combattre contre un tres puissant roy nomme Regner commencerent a s'adresser au ciel avec beaux carmes enchantez et firent tant qu'ils solliciterent les nues a les secourir, et les contraignirent jusqu'a verser une grande violence et quantite de pluie qu'ils firent venir tout a coup sur leurs ennemis. Quant est de commander aux orages et aux vents, Olaues affirme que Henry, roy de Suece, qui avait le bruit d'etre le premier de son temps en l'art magique estoit si familier avec les demons et les avoit tellement a son commandement, que, de quelque coste qu'il tournast son chapeau, tout aussitost le vent qu'il desiroit venait a souffler et halener de cette part-la, et pour cet effet son chappeau fut nomme de tous ceux de la contree le chappeau venteux."
[Note 1: Trois livres des charmes, sorcelages, etc., p. 304.]
D'apres Jean des Caurres[1]: "Olaus le Grand escrit[2] plusieurs moyens d'enchantemens speciaux et observez par les septentrionaux en ces paroles: L'on trouvoit ordinairement des sorciers et magiciens entre les Botniques, peuples septentrionaux, comme si en ceste contree eust este leur propre habitation, lesquels avoient apprins de desguiser leurs faces, et celles d'autruy, par plusieurs representations de choses, au moyen de la grande adresse qu'ils avoient a tromper et charmer les yeux. Ils avoient aussi apprins d'obscurcir les veritables regards par les trompeuses figures. Et non seulement les luicteurs, mais aussi les femmes et jeunes pucelles, ont accoustume selon leur souhait, d'emprunter leur subtile et tenue substance de l'air, pour se faire comme des masques horrides, et pleins d'une ordure plombeuse, ou bien pour faire paroistre leurs faces distinguees par une couleur pasle et contrefaite, lesquelles apres elles deschargent, a la clarte du temps serain, de ces tenebreuses substances qui y sont attachees, et par ce moyen elles chassent la vapeur qui les recouvroit. Il appert aussi qu'il y avoit si grande vertu en leurs charmes, qu'il sembloit qu'elles eussent pouvoir d'attirer du lieu le plus distant, et se rendre visibles a elles seules et toucher une chose la plus esloignee: voire et eust elle este arrestee et garrottee par mille liens[3]. Or font-elles demonstrance de ces choses par telles impostures. Lors qu'elles ont envie de scavoir de l'estat de leurs amis ou ennemis absents en lointaines contrees, a deux cens ou quatre cens lieues, elles s'adressent vers Lappon, ou Finnon, grand docteur en cest art: et apres qu'elles luy ont fait quelques presens d'une robbe de lin, ou d'un arc, elles le prient experimenter en quel pays peuvent estre leurs amis ou ennemis, et que c'est qu'ils font. Parquoy il entre dedans le conclave, accompagne seulement de sa femme et d'un sien compagnon; puis il frappe avec un marteau dessus une grenouille d'airain, ou sur un serpent estendu sur une enclume, et luy baille autant de coups qu'il est ordonne: puis en barbotant quelques charmes, il les retourne ca et la, et incontinent il tombe en extase, et est ravy, et demeure couche peu de temps, comme s'il estoit mort. Ce temps pendant il est garde diligemment par son compaignon de crainte qu'aucune pulce ou mousche vivante, ou autre animal ne le touche. Car par le pouvoir des charmes, son esprit, qui est guide et conduit par le diable, rapporte un anneau, ou un cousteau, ou quelque autre chose semblable, en signe et pour tesmoignage qu'il a faist ce qui lui estoit commande: et alors se relevant, il declare a son conducteur les mesmes signes, avec les circonstances."
[Note 1: Oeuvres morales et diversifiees, p. 394.]