[Note 2: Livre III, ch. XXXIX de l'Histoire des peuples
septentrionaux
.]

[Note 3: Saxon le grammairien, au commencement de l'Histoire de
Danemark
.]

"Le mesme auteur, au chapitre XVIII du troisieme livre Des vents venaux, escrit le miracle qui ensuit. Les Finnons avoient quelque-fois accoustume, entre les autres erreurs de leur race, de vendre un vent a ceux qui negocioient en leurs havres, lorsqu'ils estoient empeschez par la contraire tempeste des vents. Apres doncques qu'on leur avoit baille le payement, ils donnoient trois noeuds magiques aux acheteurs, et les advertissoient qu'en desnouant le premier ils avoient les vents amiables et doux: et en desnouant le second, ils les avoient plus forts: et la ou ils desnoueroient le troisieme il leur surviendroit une telle tempeste, qu'ils ne pourroient jouyr a leur aise de leur vaisseau, ny jeter l'oeil hors la proue, pour eviter les rochers, ny asseurer le pied en la navire, pour abbatre les voiles, ny mesmes l'asseurer en la poupe pour manier le gouvernail."

"J'ai oui raconter plusieurs fois, a un bon et docte personnage, dit Goulart[1], qu'estant jeune escholier a Thoulouse, il fut par deux fois voyager es monts Pyrenees. Qu'en ces deux voyages il advint et vid ce qui s'ensuit. En une croupe fort haute et spacieuse de ces monts, se trouve une forme d'autel fort antique, sur quelques pierres duquel sont gravez certains characteres de forme estrange. Autour et non loin de cest autel se trouverent lors d'iceux voyages des pastres et rustiques, lesquels exhorterent et prierent ce personnage et plusieurs autres, tant escholiers que de diverses conditions, de ne toucher nullement cest autel. Enquis pourquoy ils faisoyent cette instance, respondirent qu'il n'importoit d'en approcher pour le voir et regarder de pres tant que l'on voudroit: mais de l'attouchement s'ensuivoyent merveilleux changemens en l'air. Il faisoit fort beau en tous les deux voyages. Mais au premier se trouva un moine en la compagnie, qui se riant de l'advertissement de ces pastres, dit qu'il vouloit essayer que c'estoit de cest enchantement: et tandis que les autres amusoyent ces rustiques, approche de l'autel et le touche comme il voulut. Soudain le ciel s'obscurcit, les tonnerres grondent: le moine et tous les autres gaignent au pied, mais avant qu'ils eussent atteint le bas de la montagne, apres plusieurs esclats de foudre et d'orages effroyables, ils furent moueillez jusques a la peau, poursuivis au reste par les pastres a coups de cailloux et de frondes. Au second voyage le mesme fut attente par un escholier avec mesmes effects de foudres, orages et ravines d'eaux les plus estranges qu'il est possible de penser."

[Note 1: Thresor des histoires admirables, t. II, p. 776.]

Selon Dom Calmet[1], "Spranger in mallio maleficorum raconte qu'en Souabe un paysan avec sa petite fille agee d'environ huit ans, etant alle visiter ses champs, se plaignait de la secheresse, en disant: Helas, Dieu nous donnera-t-il de la pluie! La petite fille lui dit incontinent, qu'elle lui en feroit venir quand il voudroit. Il repondit: Et qui t'a enseigne ce secret? C'est ma mere, dit-elle, qui m'a fort defendu de le dire a personne. Et comment a-t-elle fait pour te donner ce pouvoir? Elle m'a menee a un maitre, qui vient a moi autant de fois que je l'appelle. Et as-tu vu ce maitre? Oui, dit-elle, j'ai souvent vu entrer des hommes chez ma mere, a l'un desquels elle m'a vouee. Apres ce dialogue, le pere lui demanda comment elle feroit pour faire pleuvoir seulement sur son champ. Elle demanda un peu d'eau; il la mena a un ruisseau voisin, et la fille ayant nomme l'eau au nom de celui auquel sa mere l'avoit vouee, aussi-tot on vit tomber sur le champ une pluie abondante. Le pere convaincu que sa femme etait sorciere, l'accusa devant les juges, qui la condamnerent au feu. La fille fut baptisee et vouee a Dieu; mais elle perdit alors le pouvoir de faire pleuvoir a sa volonte."

[Note 1: Traite sur les apparitions des esprits, t. I, p. 156.]

Bodin[1] dit que "la coustume de trainer les images et crucifix en la riviere pour avoir de la pluye se pratique en Gascongne, et l'ay veu (dit-il) faire a Thoulouse en plein jour par les petits enfans devant tout le peuple, qui appellent cela la tire-masse. Et se trouva quelqu'un qui jetta toutes les images dedans les puits du salin l'an 1557. Lors la pluye tomba en abondance. C'est une signalee meschancete qu'on passe par souffrance et une doctrine de quelques sorciers de ce pais la qui ont enseigne ceste impiete au pauvre peuple."

[Note 1: Demonomanie, liv. II, ch. VIII.]

Jovianus Pontanus[1] parlant des superstitions damnables de quelques Napolitains qui adjoustoyent foi aux sorciers, dict ces mots: "Aucuns des habitans et assiegez dans la ville de Suesse, sortirent de nuict et tromperent les corps de garde, puis traverserent les plus rudes montagnes, et gaignerent finalement le bord de la mer. Ils portoyent quand et eux un crucifix, contre lequel ils prononcerent un certain charme execrable, puis se jetterent dedans la mer, prians que la tempeste troublast ciel et terre. Au mesme temps, quelques prestres de la mesme ville, desireux de s'accommoder aux sorcelleries des soldats en inventerent une autre, esperant attirer la pluye par tel moyen. Ils apporterent un asne aux portes de leur eglise, et lui chanterent un requiem, comme a quelque personne qui eust rendu l'ame. Apres cela, ils lui fourrerent en la gueule une hostie consacree, et apres avoir fait maint service autour de cet asne, finalement l'enterrerent tout vif aux portes de leur dite eglise. A peine avoyent-ils acheve leur sorcellerie, que l'air commenca a se troubler, la mer a estre agitee, le plein jour a s'obscurcir, le ciel a s'eclairer, le tonnerre a esbranler tout: le tourbillon des vents arrachoit les arbres et remplissoit l'air de cailloux et d'esclats volans des rochers: une telle ravine d'eaux survint, et de la pluye en si grande abondance que non seulement les cisternes de Suesse furent remplies, mais aussi les monts et rochers fendus de chaleur servoyent lors de canal aux torrens. Le roy de Naples qui n'esperoit prendre la ville que par faute d'eau, se voyant ainsi frustre leva le siege et s'en revint trouver son armee a Savonne."