[Note 1: Au Ve livre des Histoires de son temps, cite par
Goulart, Thresor des histoires admirables, t. II, p. 1031.]
"Les proces des sorciers et sorcieres, dit Goulart[1], faisans esmouvoir par leurs sorcelleries divers orages et tempestes, proposent infinis estranges exemples de ceci… J'ai oui asseurer a personnage digne de foi que quelques sorciers de Danemarc firent un charme terrible pour empescher que la princesse de Danemarc ne fust menee par mer au roy d'Escosse, a qui elle estoit fiancee, tellement que la flotte qui la conduisoit fut plusieurs fois en danger de naufrage, et poussee loin de sa route, ou force lui fut d'attendre commodite d'une autre navigation. Que ceste conjuration finalement descouverte l'on fit justice des sorciers, lesquels declarerent les malins esprits leur avoir confesse que la piete de la princesse et de quelques bons personnages qui l'accompagnoyent, par l'invocation ardente et continuelle du nom de Dieu, avoit rendu vains tous leurs efforts."
[Note 1: Thresor des histoires admirables, t. II, p. 1052.]
Jacques d'Autun[1] rapporte un orage extraordinaire accompagne de grele excite en Languedoc par des sorciers l'an 1668.
[Note 1: L'incredulite scavante et la credulite ignorante, etc., par Jacques d'Autun, predicateur capucin. Lyon, Jean Geste, 1674, in-4 deg., p. 857]
"Sur les trois heures apres midi le onziesme du mois de juin s'esleva, dit-il, un tourbillon de vent si impetueux qu'il desracinoit les arbres et faisoit trembler les maisons aux environs de Langon; ce furieux orage semblait devoir s'appaiser par une pluye assez mediocre, laquelle peu apres fut meslee de grelle grosse comme des oeufs de poule et ce qui fit l'admiration des curieux, qui en firent ramasser plusieurs pieces, est qu'elles etaient herissees et pointues comme si a dessein on les eut travaillees pour leur donner cette figure; d'autres ressemblaient parfaitement a de gros limacons avec leur coquille, la teste, le col et les cornes dehors; l'on voyoit en d'autres des grenouilles et des crapaux si bien tailles, que l'on eut dit qu'un sculpteur s'etoit applicque a les faconner; mais ce qui surprit davantage en ce spectacle d'horreur, est que cette gresle changeoit de figure selon la difference des insectes, que le demon vouloit probablement representer: car l'on vit gresler des serpens ou de la gresle en forme de serpens de la longueur d'un demy pied: certes la gresle qui fit trembler toute l'Egypte laquelle sainct Augustin attribue a l'operation des demons, n'avoit rien de si effroyable; l'on trouva des pieces de ce funeste meteore qui representoient la main d'un homme avec deux ou trois doigts distinctement formez, d'autres estoient taillees en estoiles a trois et a cinq pointes: enfin en quelque endroit, comme au port de Saincte-Marie, il tomba de la gresle d'une si prodigieuse grosseur que les animaux et les hommes qui en estoient frappez expiroient sur le champ… On trouva un cheveu blanc dans tous les grains de grelle qui furent ouverts et dans tous le cheveu blanc etoit de la meme longueur."
L'Espagnol Torquemada formule ainsi la biographie d'une fameuse sorciere du moyen age:
"Aucuns parlent, dit-il, d'une certaine femme nommee Agaberte, fille d'un geant qui s'appelait Vagnoste, demeurant aux pays septentrionaux, laquelle etait grande enchanteresse. Et la force de ses enchantements etait si variee, qu'on ne la voyait presque jamais en sa propre figure: quelque fois c'etait une petite vieille fort ridee, qui semblait ne se pouvoir remuer, ou bien une pauvre femme malade et sans forces; d'autres fois elle etait si haute qu'elle paraissait toucher les nues avec sa tete. Ainsi elle prenait telle forme qu'elle voulait aussi aisement que les auteurs decrivent Urgande la meconnue. Et, d'apres ce qu'elle faisait, le monde avait opinion qu'en un instant elle pouvait obscurcir le soleil, la lune et les etoiles, aplanir les monts, renverser les montagnes, arracher les arbres, dessecher les rivieres, et faire autres choses pareilles si aisement qu'elle semblait tenir tous les diables attaches et sujets a sa volonte."
Les magiciens et les devins emploient une sorte d'anatheme pour decouvrir les voleurs et les malefices: voici cette superstition. Nous prevenons ceux que les details pourraient scandaliser, qu'ils sont extraits des grimoires. On prend de l'eau limpide; on rassemble autant de petites pierres qu'il y a de personnes soupconnees; on les fait bouillir dans cette eau; on les enterre sous le seuil de la porte par ou doit passer le voleur ou la sorciere, en y joignant une lame d'etain sur laquelle sont ecrits ces mots: Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat. On a eu soin de donner a chaque pierre le nom de l'une des personnes que l'on a lieu de soupconner. On ote le tout de dessus le seuil de la porte au lever du soleil; si la pierre qui represente le coupable est brulante, c'est deja un indice. Mais, comme le diable est sournois, il ne faut pas s'en contenter; on recite donc les sept Psaumes de la penitence, avec les litanies des saints: on prononce ensuite les prieres de l'exorcisme, contre le voleur ou la sorciere; on ecrit son nom dans un cercle; on plante sur ce nom un clou d'airain, de forme triangulaire, qu'il faut enfoncer avec un marteau dont le manche soit en bois de cypres, et on dit quelques paroles prescrites rigoureusement a cet effet[1]. Alors le voleur se trahit par un grand cri.
[Note 1: Justus es Domine, et justa sunt judicia tua.]