"En effet, on entendit trois coups seulement; d'ordinaire il en frappait plusieurs. Il se faisait entendre aussi a la fontaine ou l'on allait puiser de l'eau, et troublait le voisinage, se manifestant par des coups redoubles, un gemissement, un coup de sifflet ou un cri lamentable. Cela dura environ six mois."
"Au bout d'un an, et peu apres son anniversaire, il se fit entendre de nouveau plus fort qu'auparavant. On lui demanda ce qu'il souhaitait: il repondit d'une voix rauque et basse: "Faites venir, samedi prochain, le cure et mes enfants."
"Le cure etant malade ne put venir que le lundi suivant, accompagne de bon nombre de personnes. On demanda au mort s'il desirait des messes? Il en desira trois; s'il voulait qu'on fit des aumones? il dit: "Je souhaite qu'on donne aux pauvres huit mesures de grain; que ma veuve fasse des cadeaux a tous mes enfants, et qu'on reforme ce qui a ete mal distribue dans ma succession," somme qui montait a vingt florins."
"Sur la demande qu'on lui fit, pourquoi il infestait plutot cette maison qu'une autre, il repondit qu'il etait force par des conjurations et des maledictions. S'il avait recu les sacrements de l'Eglise? "Je les ai recus, dit-il, du cure, votre predecesseur." On lui fit dire avec peine le Pater et l'Ave, parce qu'il en etait empeche, a ce qu'il assurait, par le mauvais esprit, qui ne lui permettait pas de dire au cure beaucoup d'autres choses."
"Le cure, qui etait un premontre de l'abbaye de Toussaints, se rendit a son couvent afin de prendre l'avis du superieur. On lui donna trois religieux pour l'aider de leurs conseils. Ils se rendirent a la maison, et dirent a Humbert de frapper la muraille; il frappa assez doucement. "Allez chercher une pierre, lui dit-on alors, et frappez plus fort." Ce qu'il fit."
"Quelqu'un dit a l'oreille de son voisin, le plus bas possible: "Je souhaite qu'il frappe sept fois," et aussitot l'ame frappa sept fois."
"On dit le lendemain trois messes que le revenant avait demandees; on se disposa aussi a faire un pelerinage qu'il avait specifie dans le dernier entretien qu'on avait eu avec lui. On promit de faire les aumones au premier jour, et des que ses dernieres volontes furent executees, Humbert Birck ne revint plus[1]."
[Note 1: Livre des prodiges, edit de 1821, p. 75.]
III.—FANTOMES
Un autre auteur[1] raconte cette singuliere apparition: "Au mois d'avril 1567 on vit… en celle grande plaine qui est dite d'Heyton souz Mioland (en Savoie) par l'espace de six jours continuels sortir d'une isle non habitee trois hommes vestuz de noir, incogneuz de chacun, et chacun desquels tenoit une croix en la main et apres iceux marchoit une dame accoustree en dueil et ainsi que se vestent coustumierement les vefves, laquelle suyvant ces porte-croix, se tourmentoit et demenoit avec une si triste contenance qu'on eut dit qu'elle estoit attainte de quelque douleur, et angoisse desesperee. Cecy n'est rien si un grand escadron de peuple n'eust suivy ces vestus de dueil qui marchoient en procession, et l'habillement duquel representoit plus de joye que des quatre premiers, en tant que toute ceste multitude estoit vestue a blanc, et monstrant plus de plaisir et allegresse que la susdite femme. La course de ces pourmeneurs s'estendoit tout le long de la campagne susnommee jusques a une autre isle voisine, ou tous ensemble s'esvanouyssaient, et n'en voyait on rien n'en plus que si jamais il n'en eut este memoire, et au reste des que quelcun approchoit pour les voir de plus pres il en perdoit incontinent la vue…"