"Il voyait continuellement le fantome, un peu plus grand que de son vivant, a demi nu, portant entortille dans ses cheveux blonds un ecriteau ou il ne pouvait lire que le mot in… Il avait le meme son de voix; il ne paraissait ni gai ni triste, mais dans une tranquillite parfaite. Il pria son ami survivant, quand son frere serait revenu, de le charger de dire certaines choses a son pere et a sa mere; il lui demanda de reciter pour lui les sept Psaumes qu'il avait eus en penitence le dimanche precedent, et qu'il n'avait pas encore recites; ensuite il s'eloigna en disant: "Jusqu'au revoir," qui etait le terme ordinaire dont il se servait quand il quittait ses camarades."

"Cette apparition se renouvela plusieurs fois. L'abbe Bezuel en raconta les details dans un diner, en 1718, devant l'abbe de Saint-Pierre, qui en fait une longue mention dans le tome IV de ses Oeuvres politiques[1].

[Note 1: Dictionnaire des sciences occultes, de l'abbe Migac.]

Dans ses Memoires, publies en 1799, la celebre tragedienne Clairon raconte l'histoire d'un revenant qu'elle croit etre l'ame de M. de S…, fils d'un negociant de Bretagne, dont elle avait rejete les voeux, a cause de son humeur haineuse et melancolique, quoiqu'elle lui eut accorde son amitie. Cette passion malheureuse avait conduit le jeune insense au tombeau. Il avait souhaite de la voir dans ses derniers moments; mais on avait dissuade Mlle Clairon de faire cette demarche; et il s'etait ecrie avec desespoir: "Elle n'y gagnera rien, je la poursuivrai autant apres ma mort que je l'ai poursuivie pendant ma vie!…"

"Depuis lors, Mlle Clairon entendit, vers les onze heures du soir, pendant plusieurs mois, un cri aigu; ses gens, ses amis, ses voisins, la police meme, entendirent ce bruit, toujours a la meme heure, toujours partant sous ses fenetres, et ne paraissant sortir que du vague de l'air."

"Ces cris cesserent quelque temps. Mais ils furent remplaces, toujours a onze heures du soir, par un coup de fusil tire dans ses fenetres, sans qu'il en resultat aucun dommage."

"La rue fut remplie d'espions, et ce bruit fut entendu, frappant toujours a la meme heure dans le meme carreau de vitre, sans que jamais personne ait pu voir de quel endroit il partait. A ces explosions succeda un claquement de mains, puis des sons melodieux. Enfin, tout cessa apres un peu plus de deux ans et demi[1]".

[Note 1: Memoires d'Hippolyte Clairon, edit. de Buisson, p. 167.]

"Le samedi qui suivit les obseques d'un notable bourgeois d'Oppenheim, Birck Humbert, mort en novembre 1620, peu de jours avant la Saint-Martin, on ouit certains bruits dans la maison ou il avait demeure avec sa premiere femme; car etant devenu veuf, il s'etait remarie. Son beau-frere soupconnant que c'etait lui qui revenait, lui dit:

"Si vous etes Humbert, frappez trois coups contre le mur."