.... Mainte meschinete
S’y louent souvent et menu,
Et font batre le trou velu
Des fesseriaux, que nus ne die.
Nous n’entreprendrons pas de dégager des voiles du vieux langage le métier scandaleux des meschinetes, que Guillot met en scène avec beaucoup d’indulgence. Nous le suivrons plutôt dans la rue de l’Ospital, qu’on a nommée ensuite rue Saint-Jean-de-Latran, en mémoire des hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, qui y avaient une maison. Guillot tombe au milieu d’une querelle de femmes qui s’injuriaient et se battaient en pleine rue, malgré le voisinage des pères hospitaliers; le texte est ici moins obscur que corrompu:
Une femme i d’espital (despita),
Une autre femme folement
De sa parole moult vilment.....
Guillot s’enfuit, sans attendre la fin de la dispute, et il craignait si fort de s’y voir mêler, qu’il ne fit que traverser la rue Saint-Syphorien, aujourd’hui rue des Cholets, où il connaissait pourtant une fille nommée Marie, qui devait être à la fois égyptienne (tireuse d’horoscope) et loudière:
La rue de la Chaveterie (à présent rue Chartière)
Trouvay. N’allay pas chez Marie,
En la rue Saint-Syphorien,
Où maignent li logiptien.
En passant dans la rue Saint-Hilaire, qui a conservé son nom, il se rappelle qu’une dame débonnaire y demeure, mais il n’a pas le temps de faire une pose chez cette dame de bonne volonté, qu’il nomme Gietedas, sobriquet où il serait aisé de découvrir un sens obscène. Le voilà dans le clos Bruneau (Burniau), où l’on a rosti maint bruliau, dit-il; mais, par bruliau, il n’entend pas certainement parler des fagots qu’on y aurait brûlés. Le clos Bruneau était au centre des écoles, et les écoliers, qui, du temps de Rabelais, y allaient faire leurs ordures, s’y rendaient auparavant pour y faire chere-lie avec leurs meschines. Guillot a donc raison de dire que l’on a rôti maint bruliau dans ce repaire sombre et infect. Nous disons encore dans le même sens rôtir le balai. Près de là se trouve la rue des Noyers, où il y avait alors autant de femmes de mauvaise vie qu’on en rencontrerait de nos jours dans tout le quartier:
Et puis la rue du Noyer,
Où plusieurs dames, por louier
Font souvent battre leurs cartiers.
Guillot, dans la rue du Bon-Puits, qui devait son nom à une allusion gaillarde, n’oublie pas d’enregistrer les hauts faits d’une commère, femme d’un charpentier, fameuse par le nombre d’hommes qu’elle a envoyés de son lit au cimetière, suivant une interprétation hasardée de ces deux vers:
La maint la femme à un chapuis
Qui de maint homme a fait ses glais.
Leduchat ou Lenglet Dufresnoy, en expliquant le second vers, y verrait sans doute une figure érotique empruntée à la sonnerie des cloches que l’on ébranle lentement pour tinter le glas des morts. Guillot, qui connaît tous les bons endroits, comme on disait dans la langue familière du siècle dernier, pousse un soupir en traversant la rue de l’École, où demeure dame Nicole. Cette rue de l’École, qui est devenue la rue du Fouarre, à cause de la paille ou feurre qu’on y étendait pour y amortir le bruit des pas, renfermait les grandes Écoles de l’Université, et en même temps plus d’une école de Prostitution. Voilà pourquoi Guillot dit avec malice: