En bout de la rue descent.
De Glateingni où bonne gent
Maignent et dames au cors gent
Qui aux hommes, si com moy semblent,
Volontiers charnelment assemblent.
Il échappe peut-être au péril de la tentation, et se jette dans la rue du Haut-Moulin, qui se nommait rue Saint-Denis de la Chartre, à cause de l’église qu’on y voyait et qui n’a été démolie qu’à l’époque de la Révolution. Le mauvais lieu que Guillot signale dans cette rue, devait être un des plus considérables de Paris, et les femmes qu’il renfermait ne sortaient jamais de cette abbaye lubrique,
Où plusieurs dames en grant chartre
Ont maint v.. en leur c.. tenu,
Comment qu’ilz y soient contenu.
Ce passage et beaucoup d’autres prouveraient que le Dit des Rues eût été intitulé, avec non moins d’à propos, le Dit des Bordeaux de Paris. Guillot en avait fini avec ceux de la Cité; il traversa le Grand-Pont ou le Pont-au-Change, et il continua dans la Ville son enquête pornographique.
Dans la rue des Lavandières, où il a maintes lavendières, il nous fait entendre que ces filles ne se bornaient pas à rincer du linge à la rivière. De tout temps, les blanchisseuses ont eu la même réputation, et la reine qu’elles élisaient chaque année avait des pouvoirs analogues à ceux du roi des ribauds, mais seulement dans ses États et sur ses sujettes. Guillot ne se laisse pas retenir par ces joyeuses ribaudes; il poursuit sa route, à travers les rues fangeuses du quartier des Halles; il entre un moment, pour se rafraîchir, chez un tavernier de la place aux Pourceaux, qui devint ensuite la place aux Chats, puis la fosse aux Chiens, parce qu’on y entassait des charognes et des immondices: c’est le carrefour formé par la jonction des rues Saint-Honoré, des Déchargeurs et de la Lingerie. Guillot, qui se plaint ici de n’avoir point de bonheur (Guillot, qui point d’heur bon n’as), dit pourtant qu’il trouva sa trace, son chemin ou plutôt ce qu’il cherchait, la piste de quelque jolie galloise, avec laquelle il vida un pot de clairet ou de muscadet. Dans la rue Béthisy, il ne fut pas étonné de se heurter contre un homme qui tenait conférence avec une ribaude, sans se soucier de faire rougir les passants:
Un homs trouvai en ribaudez,
En la rue de Bethisi
Entré: ne fus pas éthisi.
Guillot ne se déferrait pas pour si peu. Il était arrivé dans la rue de l’Arbre-Sec, et il n’avait garde d’oublier un petit cul-de-sac, qui existe encore sous le nom de Cour Baton, et qui avait autrefois le nom malhonnête de Coul de Bacon. Il est bien certain que, dans cette dénomination locale, il ne faut pas attribuer au mot bacon le sens de chair de porc salée, ni même chercher dans ce mot une image plus ou moins rapprochée de ce sens primitif. C’était une cour de ribaudie, avec son puits, autour duquel les femmes d’amour tenaient leurs assises. Guillot ne se fait pas scrupule de dire:
Trouvai et puis Col de bacon
Où l’on a trafarcié maint c...
Il y aurait à faire sur ce vers une curieuse dissertation philosophique, que nous recommandons à l’ombre de Leduchat, et qui permettra de rétablir la véritable acception du vieux verbe trafarcier ou trafarcer, que le Complément du Dictionnaire de l’Académie française traduit assez mal par traverser. Guillot suit le bord de la rivière et arrive à l’entrée d’une grande rue qui conduit à la porte du Louvre; le voisinage de la rivière caractérise assez les dames qu’il rencontre et qui vendaient leurs denrées à un prix trop élevé pour sa bourse:
Dames i a gents et bonnes;
De leurs denrées sont trop chiches (ou riches).