Il ne perd pas son temps à marchander ce qu’il ne peut acheter, et il se dirige vers la rue Saint-Honoré. Auprès d’une rue de Maître-Huré, rue dont il n’est plus possible de déterminer la position, quoiqu’elle avoisinât la rue des Poulies, il eut sans doute à se louer de la politesse de certaines dames qui lui souhaitèrent la bienvenue:
La rue trouvai-je maistre Huré,
Lez lui séant dames polies.
En faisant de maître Huré un personnage vivant, au lieu d’un nom de rue, on serait forcé de l’accuser d’un odieux métier que desservaient les dames polies dont il paraît entouré. Guillot ne remarque rien qui soit relatif à la Prostitution dans les deux rues de la Truanderie, où il n’omet pourtant pas de nous montrer le fameux Puits d’Amour: le puits le carrefour despart, dit-il seulement; mais il se ravise dans la rue Mauconseil:
Une dame vi sur un seil,
Qui moult se portoit noblement:
Je la saluai simplement,
Et elle moi, par saint Loys!
Les habitudes de cette dame ne différaient pas de celles de ses pareilles que nous voyons, dans les mêmes rues, exercer le même manége qu’autrefois, attendre et guetter leur proie sur le seuil des maisons, à l’entrée de sombres allées, en appelant ou invitant les passants. Guillot, qui jure par saint Louis lorsqu’il répond à cet appel libidineux, pourrait bien avoir voulu rappeler à cette ribaude les ordonnances du saint roi. Quand il fut dans la rue Saint-Martin, il entendit chanter l’office de Notre-Dame de Saint-Martin-des-Champs, et il s’arma de continence pour achever sans encombre son voyage à la recherche des lieux impurs. Il traversa rapidement la rue Beaubourg, qui lui eût offert de quoi satisfaire tous les genres de débauche:
Alai droitement en Biaubourc,
Ne chassoie chievre ne bouc.
De la rue des Étuves, il s’aventura dans une rue Lingarière, qui ne peut être que la rue Maubué, un des fiefs les plus anciens de la Prostitution:
Là où leva mainte plastrière
D’archal mise en œuvre pour voir,
Plusieurs gens pour leur vie avoir.
Ces gens-là, qui levaient des grillages en fil d’archal pour regarder dans la rue, étaient, sans contredit, les hôtes ordinaires de cette rue Maubué, dans laquelle il y avait autant de clapiers que de maisons, autant de filles et d’hommes dissolus que d’habitants. Les rues voisines se ressentaient de ce honteux voisinage. Guillot se contente de nommer la rue Quincampoix (Qui qu’en poit), la rue Aubry-le-Boucher, et le Conreerie, dont la modestie du quinzième siècle avait fait la Corroierie, et qui est cachée à présent dans la rue des Cinq-Diamants, par allusion à ses impudiques origines. Il craint qu’un malheur ne lui advienne, en approchant de la rue Trousse-Vache, qui avait tiré son nom ignoble des mœurs plus ignobles encore de sa population ordinaire.
La rue Amaury de Roussi
Encontre Troussevache chiet,
Que Dieu garde qu’il ne nous meschiet!