On devine qu’elle n’avait rien à redouter des lois de police relatives aux courtisanes subalternes:
Je ne craignois d’aller sans ma patente,
Car j’étois franche et de tribut exempte,
Je n’avois peur d’un gouverneur fâcheux,
D’un barisel ou d’un sbire outrageux,
Ni qu’en prison on retînt ma personne...
N’ayant jamais faute de la faveur
D’un cardinal ou autre grand seigneur
Dont on voyoit ma maison fréquentée,
Ce qui faisoit que j’estois respectée.
Elle avait fait ce beau ménage pendant six ou sept ans, lorsqu’elle commença, se sentant vieillir, à éprouver de la honte et du repentir; un sermon, qu’elle entendit un jour, acheva de lui faire comprendre le scandale de sa vie passée. Elle sentit tout ce qu’il y avait d’amertume dans les plaisirs décevants de la Prostitution:
Car, quel plaisir, hélas! me pouvoit estre,
Bien que je prisse à dextre et à senestre,
D’avoir soumis mes membres éhontés
A l’appétit de tant de volontés,
Et d’imiter le vivre d’une beste
Pour m’enrichir par un gain déshonneste!....
Outre la peur (gesne perpétuelle!)
D’une vérole ou d’une pellarelle,
Et tout cela dont se trouve héritier
Qui longuement exerce un tel mestier!
Elle entra donc dans un couvent pour y faire pénitence et se laver de ses souillures dans la pratique d’une austère dévotion; elle avait légué au couvent les acquets du vice, et elle croyait n’avoir plus besoin des biens de la terre. Mais l’ennui ne tarde pas à la prendre; elle se repent de s’être repentie, jette le froc aux buissons, et veut recommencer son ancien train de vie: il était trop tard! Adieu les grands seigneurs et les amours parfumés! Voici venir, avec la vérole gouteuse,
La denterelle et pelade honteuse,
voici venir le bourreau, qu’elle reçoit dans son lit, au lieu d’un gentilhomme, et qui la récompense, de ses faveurs, en la fustigeant lui-même sur la place publique!
FIN DU TOME CINQUIÈME.
TABLE DES MATIÈRES
DU CINQUIÈME VOLUME.
FRANCE.