L’auteur anonyme, qui était certainement un bon poëte, s’attaque surtout à la dissolution et au luxe de leurs habits, qu’il regarde comme des enseignes honteuses de leur conduite. Voici quelques strophes, dans lesquelles le costume de Henri III et de ses favoris est décrit avec beaucoup d’exactitude:
Leur parler et leur vestement
Se voit tel, qu’une honneste femme
Auroit peur de recevoir blasme
S’habillant si lascivement:
Leur col ne se tourne à leur aise
Dans le long replis de leur fraise;
Déjà le froment n’est pas bon
Pour l’empoix blanc de leur chemise:
Il faut, pour facon plus exquise,
Faire de riz leur amidon.
Leur poil est tondu par compas,
Mais non d’une facon pareille;
Car, en avant, depuis l’aureille,
Il est long, et, derrière, bas:
Il se tient droit par artifice,
Car une gomme le hérisse
Ou retord ses plis refrisez,
Et, dessus leur teste legère,
Un petit bonnet par derrière
Les monstre encor plus desguisez.
Je n’ose dire que le fard
Leur soit plus commun qu’à la femme:
J’aurois peur de leur donner blasme
Qu’entre eux ils pratiquassent l’art
De l’impudique Ganimède.
Quant à leur habit, il excède
Leur bien et un plus grand encor;
Car le mignon, qui tout consomme,
Ne se vest plus en gentilhomme,
Mais, comme un prince, de drap d’or.
Nous avons suivi de préférence le texte du Cabinet du roy de France, et il est bon de faire observer que, dans ce texte, le poëte se défend presque de laisser soupçonner que ces mignons pratiquassent l’art de l’impudique Ganimède; au contraire, dans la version, évidemment altérée, que nous fournissent les Journaux de l’Estoile, le sens est bien différent, car l’auteur y dit très-positivement ce qu’il n’ose dire:
Je n’ose dire que le fard
Leur est plus commun qu’à la femme
(J’aurois peur d’en recevoir blasme),
Et qu’entre eux ils prattiquent l’art
De l’impudique Ganimède.
C’est là une insinuation très-significative qui équivaut à une déclaration formelle. Dans un autre endroit de cette pièce de vers, on reproche à ces efféminés de troquer, d’échanger, de vendre, de dépenser les bénéfices et
Les biens voués au crucifix,
Que l’on leur baille en mariage,
En guerdon de maquerellage
Ou pour chose de plus vil prix.
Il nous paraît établi, par cette satire datée de 1576, que les mignons de Henri III, dans l’origine, n’étaient pas considérés comme d’impurs agents de la débauche italienne. On les accusait seulement de dévorer la substance du peuple, d’épuiser les coffres de l’État, de porter des habits déshonnêtes et de vivre dans une molle oisiveté. Un autre poëte se chargea de répondre aux Indignités de la cour, et il le fit dans un poëme ampoulé et fleuri, qu’il intitule les Blasons de la cour: sans avoir égard aux imputations indirectes concernant les mœurs des courtisans, il blâme seulement les langues satiriques et les esprits mordants, d’avoir prétendu que la cour de France était un étable,
Un retrait des abus, des dissolutions.