Afin de piaffer et se faire paroistre
Aux lieux plus frequentez où l’on se fait connoistre,
Comme à l’église, au bal et banquets sumptueux,
Tournois, courses de bague et theatriques jeux,
Aux marches, assemblées et festes de village,
Où libres on les voit jouer leur personnage,
Le front couvert de fard, pour gaigner des mignons
Et prendre dans leurs rets tousjours nouveaux poissons;
Ou bien à ces putains, tant hors qu’en mariage,
Qui, riches de moyens, entretiennent à gages
Quelque bel Adonis, quelque muguet de cour,
Pour leur donner plaisir et les saouler d’amour,
Qui quelquefois sera caché dans la ruelle
D’un lict, toujours au guet, en crainte et en cervelle,
Sans tousser ni cracher, peur d’estre descouvert
Soit du mary jaloux ou de l’amant couvert.
Ainsi, dans cette Censure des femmes, qui ne vaut pas la fameuse satire de Boileau sur le même sujet, le sieur de Courval caractérise surtout deux espèces de Prostitutions, très-communes à cette époque: la Prostitution des femmes et celle des hommes, l’une et l’autre n’ayant pas d’autre objet que de fournir à l’entretien de la toilette de ces vils artisans de débauche. Les femmes, dont l’ambition ne va pas au delà du teston ou de l’écu sur chaque conquête, se prostituent à quiconque peut les payer; les hommes méprisables, qui font à peu près un métier aussi abject, ne se prostituent cependant qu’à une seule qui les paye ou les entretient. Le rôle des galants de cette espèce ne se borne pas à satisfaire secrètement les passions brutales de quelques vieilles libertines: le complaisant mercenaire, attaché au service d’une femme vicieuse, devait encore la conduire aux ballets, la faire danser et la ramener chez elle, pour obtenir:
... Le bas de soie ou l’habit de satin,
Les jartiers dentelez, l’escharpe en broderie.
C’est donc aux dépens de sa chérie, que le galant
... Brave et s’entretient
En habits fort pompeux, sans desbourser argent.
Conçoit-on qu’un recueil écrit de ce style-là fut dédié à la reine mère du roi, à cette Marie de Médicis qui, tout Italienne qu’elle était, ne se fit jamais reprocher le moindre relâchement dans ses mœurs? Conçoit-on que le sieur de Courval, qui se piquait d’être un gentilhomme de bonne maison, ait introduit dans ses poésies morales le jargon immonde des bordeaux? Il faut constater, pour son excuse, que la langue des honnêtes gens n’était pas encore formée, et que le mot le plus obscène avait droit de tenir sa place, même dans un sermon, à plus forte raison dans la poésie, qui usait de ses vieux priviléges en osant tout dire.
Le sieur de Courval-Sonnet exagère souvent les choses, force les traits et surcharge les couleurs, lorsqu’il nous montre, par exemple, les époux tirant chacun de leur côté, et
Se mettant en hasard, aux bordeaux, aux estaples,
De gaigner, par argent, le royaume de Naples;
mais il ne sort pas des bornes de la vérité la plus scrupuleuse, quand il fait de main de maître le portrait d’une courtisane, qui avait été fameuse et qui allait revenir, en vieillissant, à son point de départ obscur et misérable. C’est à cette courtisane qu’il adresse sa satire XXV:
Les chalands degoutez tournent ailleurs leurs pas.
Tu vois diminuer tous les jours ta prattique:
Comme ce procureur, ferme donc ta boutique.
C’est bien force, à present que tu n’es plus des belles,
Que tu sois à present vendeuse de chandelles.
La femme est laide, après qu’elle a trente ans vecu:
Les roses à la fin deviennent gratte-cu.