La mode du temps était aux satires, et les satiriques, sans se soucier de faire rougir leurs lecteurs, n’oubliaient jamais de poursuivre, entre tous les vices, celui de la débauche, et de mettre au pilori la Prostitution.

Un de ces satiriques, Thomas de Courval-Sonnet, était un petit hobereau normand, qui, venu de Vire à Paris, sous le règne de Marie de Médicis, pour étudier la médecine, se mit à faire des vers contre les mœurs de la capitale. La lecture de ses poésies, dans lesquelles il se montre animé de la haine du mal autant que de l’amour du bien, nous donne une idée très-honorable de son caractère et de ses sentiments, en dépit des expressions triviales et des images cyniques qui remplissent ses œuvres dédiées à la reine. C’était le goût du siècle, et le langage des courtisans eux-mêmes semblait emprunté aux Cours des Miracles. On doit penser pourtant que Courval-Sonnet ne vivait pas dans la crapule, comme la plupart de ses confrères en satire; on pourrait avancer qu’il menait une vie très-régulière, et qu’il ne s’était jamais souillé dans la fange des mauvais lieux. Son premier recueil, qui parut en 1621 (Paris, Rolet-Boutonné, in-8o), témoigne d’une espèce d’aversion et de défiance, que l’auteur éprouvait pour les femmes, en général. Dans la satire VIe, intitulée Censure des femmes, il fait un portrait assez peu attrayant du beau sexe, qu’il accable d’une grêle de métaphores injurieuses:

L’enfer de nos esprits, le paradis des yeux,
L’aube de tous ennuis, tombeau des langoureux,
Purgatoire asseuré des bourses trop pesantes,
Repurgées et netyes (sic) aux flames plus ardentes
Et aux cuisants fourneaux de ce sexe amoureux
Qui droit à l’hospital rend l’homme comme un gueux.

Le sieur de Courval-Sonnet, en sa qualité de médecin, veut corriger les débauchés, par le tableau des ravages matériels que la femme d’amour exerce trop souvent sur la personne de son complice:

Elle gaste la fleur de la verte jeunesse,
Déflore la beauté, advance la vieillesse;
Elle ride la peau, rend le front farineux,
Jaunit nostre beau teint, le plombe et rend squameux:
J’entends, quand par excès le mestier on prattique,
Dans un bordeau lascif, avec femme publique.

Le poëte a toujours une restriction à mettre en avant, pour déclarer qu’il est plein de respect pour les dames vertueuses, mais qu’il s’adresse seulement aux femmes de mauvaises mœurs. A l’en croire, pourtant, la Prostitution était partout, et les plus grandes dames ne dédaignaient pas de se mettre au métier. Il compare la femme d’amour à une barque, sur laquelle on descend le fleuve de la jeunesse:

Encore si l’esquif, barquerot ou nacelle,
Ne servoit qu’à un seul! Mais ce sexe infidele,
Inconstant et leger, s’abandonne souvent
Au premier qui demande à passer le torrent
Des amoureux plaisirs. . . . . .
De mesme, nous voyons tant de bonnes commeres,
En servant de bateau, se rendre mercenaires,
Et mettre leur honneur, comme on dit, à l’encan,
Pour gaigner une cotte ou un riche carcan,
Une bourse au mestier, des gands en broderie,
Une bague, un collet ou autre braverie.
Rien que meschanceté ne sort de leur boutique,
Et rare est le bienfaict qu’une putain pratique!

Mais aussitôt Courval-Sonnet se ravise; il craint d’avoir outragé toutes les femmes en dévoilant les désordres de quelques-unes, et il se hâte de leur faire réparation d’honneur. Voici comment il particularise ses épigrammes, qui avaient une tendance trop générale et qui semblaient porter sur le sexe entier:

Ce discours seulement s’adresse aux vicieuses!

Le poëte entend par vicieuses les femmes de mauvaises mœurs, qui ne se soucient pas de quelle façon elles gagnent le teston ou l’écu,