Torquato, qui n'avait pas quitté sa place devant le feu, se leva alors avec lenteur, s'allongea, se détira, et après avoir exécuté un de ces formidables bâillements de chien que tous les chasseurs connaissent, se laissa tomber de nouveau comme une masse inerte, en poussant un de ces soupirs qui annoncent la fatigue ou l'ennui, quelquefois tous les deux ensemble.
Pendant cette petite scène, Stephano et moi nous étions restés près de la cheminée, et nous échangions de temps en temps quelques paroles à voix basse.
Neuf heures sonnèrent à une pièce de coucou qui était le meuble le plus élégant de la chaumière de Titano.
A ce signal, les douaniers quittèrent la table, reprirent leurs carabines qu'ils avaient appuyées debout contre les murs, en entrant, serrèrent l'un après l'autre, le brigadier en tête, bien entendu, la main de Titano, défilèrent devant nous en nous saluant respectueusement; enfin ils sortirent, et bientôt le bruit de leurs pas se perdit dans le lointain.
Titano les accompagna jusqu'à une certaine distance, et quand il revint, je remarquai qu'il laissa la porte de la chaumière ouverte, quoique le vent qui venait du dehors fût un peu piquant à cette heure.
—Ma foi! tu t'en es joliment bien tiré, mon vieux! lui dit le marquis. Tâche seulement d'être aussi heureux à l'avenir; mais ce ne sera pas chose facile, car tu n'auras plus affaire au vieux Broschi.
Le braconnier posa son doigt sur ses lèvres, en indiquant de l'œil la porte ouverte, voulant sans doute faire entendre qu'il ne serait point impossible qu'on l'espionnât du dehors.
—Pst! fit-il ensuite.
Torquato se leva avec une vivacité surnaturelle, et d'un seul bond il fut aux pieds de son maître, sur les yeux duquel il attacha les regards les plus intelligents et je dirais presque les plus passionnés.
—Apporte! lui dit le vieux braconnier d'une voix si basse que le son vint à peine jusqu'à moi qui étais à trois pas d'eux.