Soliman, qui n'était tombé en arrêt que par imitation, avait pris ses aises. Couché sur le ventre, le museau allongé sur ses pattes de devant, on l'aurait cru endormi, sans les éclairs qui jaillissaient de ses yeux fauves, et sans le frémissement de son nez rosé qui cherchait à se rendre compte du fumet d'un gibier tout nouveau pour lui.

Titano m'avait rejoint: le marquis, toujours sur la lisière du taillis et à vingt-cinq pas environ en avant de nous, était aussi dans une excellente position pour tirer.

Titano fit un signe.

L'épagneul allongea encore le cou, puis il promena sa tête de droite à gauche en l'inclinant à diverses reprises comme une personne qui salue légèrement.

—Ce sont des coqs de bruyère, me dit Titano à demi-voix, il y en a sept: Torquato vient de les compter.

Je n'eus pas le temps de demander l'explication de ces paroles, car elles étaient à peine prononcées, que les coqs de bruyère se levaient lourdement entre nos deux chiens: ils étaient au nombre de sept, ainsi que l'avait dit le vieux braconnier. Je jetai mes deux coups de fusil, un peu au hasard, je dois le dire, et j'eus le bonheur de voir tomber le chef de la bande et un jeune coq.

—Bravo! Excellence! me cria Titano.

Et en même temps la double détonation de sa couleuvrine se fit entendre, mais avec un intervalle de quelques secondes entre chacune d'elles. A la première je m'étais retourné et j'avais vu tomber la poule-mère: la seconde venait d'abattre deux jeunes coqs qui se croisaient à une distance déjà considérable.

Des deux qui restaient, l'un passa à portée du marquis: il eut le même sort que cinq de ses compagnons.

C'était débuter d'une manière brillante, on en conviendra. J'étais ravi! transporté! je le fus bien plus encore quand je vis Soliman déposer à mes pieds le premier des deux oiseaux que j'avais tués: c'était le vieux coq.