Il appartenait à la plus grande espèce de ces gallinacés sauvages, et sa beauté surpassait tout ce que je m'étais imaginé de l'élégance et de la grosseur de ce gibier, dont on me parlait sans cesse depuis mon arrivée en Piémont. Son plumage, d'un noir bleu irisé de violet et de vert, avait des reflets et des chatoiements d'une richesse sans pareille. Une membrane, d'un magnifique écarlate, entourait ses yeux, son bec et remontait en crête sur son large crâne; deux bandes, d'une blancheur éblouissante, coupaient transversalement ses ailes; et sa queue, séparée en deux, de manière à former la fourche, lui donnait des proportions vraiment gigantesques. Quand je le soulevai, je fus aussi confondu de sa pesanteur; enfin, je ne pouvais me lasser de l'admirer et de remercier Titano à qui je devais ce superbe coup de fusil.
Tandis que nous rechargions nos armes, je demandai au vieux braconnier si c'était au hasard qu'il m'avait annoncé sept coqs de bruyère pendant que nos chiens étaient en arrêt.
—Non, Excellence. C'est l'habitude de Torquato, quand le gibier à plume tient bien, de faire un mouvement de tête pour chaque oiseau qui est sous son nez, et il ne se trompe pas une fois sur dix.—De plus fort en plus fort, répondis-je: mais où est-il donc votre merveilleux chien?—Il cherche la poule qui n'est, je crois, que démontée. Marchons toujours, il nous retrouvera bien.
Nous fîmes une centaine de pas, précédés par Soliman qui croisait devant nous sans se soucier des épines. Le courageux animal était cependant tout moucheté de petites taches roses qui attestaient ses nombreuses blessures.
—Ah! voilà votre chien, dis-je à Titano.
Je venais d'apercevoir l'épagneul, immobile derrière une grosse touffe de genévrier.
—Il doit être en arrêt puisqu'il n'est pas devant moi, me répondit le vieux braconnier.—C'est impossible, repris-je. Il tient votre poule dans sa gueule. Il a l'air d'écouter pour savoir si vous l'appelez.—Torquato écouter! Torquato croire que je l'appelle! Excellence, c'est impossible. Je vous dis qu'il est en arrêt.
Je fis le tour de la touffe de genévrier, et je vis l'épagneul en plein corps: il était effectivement en arrêt et dans une pose magnifique.
—Vous avez raison, criai-je à Titano.—A-t-il la queue droite ou relevée?—Droite.—Alors ce sont des perdrix ou des gélinottes. Préparez-vous toujours à tirer.
Une compagnie de gélinottes se leva en effet; mais je ne mis pas même en joue: il me sembla qu'elles étaient hors de portée.