La neige que nous foulions était vierge de toute empreinte de pied humain; mais elle portait des traces assez nombreuses d'oiseaux, parmi lesquelles il ne me fut pas difficile de reconnaître quelques frayés de perdrix.

Titano, qui les avait remarqués en même temps que moi, me fit un signe d'intelligence; presque au même instant, Soliman tomba en arrêt, ce qui ne laissa pas que de me flatter infiniment, d'autant plus que Torquato vint se placer immédiatement à côté de lui.

Comme c'était devant moi que la chose se passait, mes compagnons se rapprochèrent, et nous entourâmes les deux chiens qui portaient la tête inclinée de côté, de manière à faire supposer que le gibier était sous leur nez.

Titano fit comme les chiens, et ses yeux perçants prirent la direction des leurs.

—Je les aperçois, Excellence! me dit-il vivement après un examen de quelques secondes: elles sont exactement sous le nez de votre chien, il ne tiendrait qu'à lui d'en gueuler une. Allons! allons! je vois qu'il est sage.—Moi, je ne vois rien, dis-je à Titano après avoir regardé à mon tour.—Avancez encore un peu... encore... là, très-bien; arrêtez-vous maintenant. En voilà une dont l'aile vient de frissonner; elles ne tarderont pas à partir... deux, quatre, cinq, six, huit... il y en a neuf ou dix, Excellence. Eh bien! les voyez-vous?—Non; et toi? demandai-je à Stephano.—Moi, je distingue un petit boursouflement, comme si le vent avait poussé un peu plus de neige en cet endroit: ce doit être ça, me répondit le marquis de Nora.—Précisément, Excellence. Préparez vous maintenant! s'écria Titano.

J'entendis comme un bruit d'ailes et une sorte de chant plaintif; puis, je vis entre les deux chiens, qui avaient relevé la tête brusquement, un petit rond noir que je reconnus évidemment pour l'endroit où les perdrix s'étaient blotties, et où elles avaient fait fondre la neige.

Je regardai en l'air; rien; je jetai rapidement la vue devant moi: rien non plus; cela tenait du prodige.

—Eh bien! Excellence, vous ne tirez donc pas? me demanda Titano en portant son arme à son épaule.—Tirer! quoi? je ne vois rien.—Alors...

Deux effroyables détonations, répercutées aussitôt par des milliers d'échos, retentirent à mes oreilles, se prolongèrent pendant un espace de temps dont il me fut impossible d'apprécier la durée, et se terminèrent par des grondements sourds et toujours plus lointains, semblables à ceux de la foudre quand un orage s'éloigne.

Quand je fus un peu remis de ma surprise, je vis nos deux chiens qui revenaient à nous: Torquato alla à son maître, Soliman s'approcha de moi.