—Dégainez, dégainez donc! criait-il en se démenant comme un possédé... Bélîtres, marauds, ânes galeux, couards! Que la peste, la teigne, la cacquesangue, la fièvre quarte vous prennent à la gorge!... Pour Dieu! je vous couperai les oreilles, mauvais garçons!... Holà! à moi, monsieur de Curson! frottez-les de votre épée, monsieur mon ami!... Bien! frappez dru, percez-les comme crible!... Encore! toujours!... Oh! que c'est gentiment travailler, cela!

Il se persuadait qu'Yves de Curson était accouru à son aide pendant que ses adversaires, après lui avoir lié les mains, se disposaient à le voler; car le son de quelques pièces d'or, qui s'échappèrent de ses poches, lui avait rappelé la grosse somme dont il était porteur. Il se mit aussitôt en devoir de la défendre avec furie.

Mais au lieu de recourir à son épée contre des ennemis imaginaires, ses deux bras, plongés jusqu'aux coudes dans les poches de ses trousses, y retenaient l'or qu'il avait gagné au jeu.

Ses mains, contractées et devenues insensibles, lui semblaient garrottées; l'ivresse et l'émotion paralysant toutes les forces de son corps, il ne tarda pas à se figurer qu'on attachait aussi ses jambes avec des cordes et qu'on lui bâillonnait la bouche.

Il n'avait plus de mouvement libre que celui de la tête, et il s'engagea, en rampant, sous ces corps morts et ensanglantés, qui, pesant sur lui de tout leur poids, avaient l'air de le terrasser.

Il s'agita dans tous les sens pour se délivrer de cette horrible étreinte, qu'il sentait se resserrer à chaque instant: grinçant des dents, écumant, haletant, il s'épuisait en convulsions désespérées, jusqu'à ce qu'enfin, réduit à une immobilité absolue, et presque étouffé par les cadavres, il ne put supporter davantage les angoisses du cauchemar épouvantable qui l'obsédait.

Il se crut au moment de mourir: il poussa des cris plaintifs, et s'évanouit en recommandant son âme et celle de son frère d'armes aux anges du paradis.

Les cris poussés par Jacques de Savereux avaient fait sortir du Louvre une escouade d'archers de la garde du roi, qui visitèrent les bords de la rivière.

Ils reconnurent les quatre premières victimes qu'ils avaient laissées sur la place, devant le balcon des appartements du roi, dans le nouveau Louvre; mais ils ne remarquèrent pas que le nombre des morts s'était augmenté d'un cinquième cadavre qu'on n'avait pas dépouillé à demi comme les autres.

Ils commencèrent à les larder avec leurs pertuisanes. Par bonheur, Savereux, qui ne fut pas atteint, put passer pour aussi mort que ses voisins.